Présidence de la République : François Hollande m’a tuer (sans même une réforme constitutionnelle)

Le 28 octobre 1962, les Français se prononçaient à 62,25 % pour l’élection au suffrage universel direct du président de la République, à l’occasion d’un référendum décidé par Charles de Gaulle. Mais en se ridiculisant dans l’affaire Leonarda, François Hollande a porté un coup mortel au rôle de président de la République tel que le général de Gaulle l’avait conçu. L’analyse de David Valence.

François Hollande

Propos recueillis par Alexandre Devecchio pour le site d’info Atlantico

La cote de popularité du président François Hollande reste au plus bas en octobre à 23%. Une faiblesse record alors qu’il s’est encore ridiculisé avec son intervention dans l’affaire Leonarda. Dans ce contexte, certains, y compris à gauche, s’interrogent sur sa légitimité.  A quel moment de l’histoire française contemporaine, l’autorité du président de la République a-t-elle été remise en cause à ce point ?

David Valence : Il est difficile de comparer cet épisode incongru, qui a vu une adolescente de 15 ans, de nationalité kosovare, se moquer publiquement du président de la République française, à quelque événement antérieur que ce soit… On note néanmoins que l’autorité du chef de l’État a subi, en France, des attaques symboliques constantes depuis le début des années 2000. On l’a oublié, mais lors d’une visite en banlieue, à Mantes-la-Jolie, le 4 mars 2002, Jacques Chirac avait essuyé sans broncher des salves de crachats et de quolibets injurieux (“Chirac voleur”). L’épisode avait marqué durablement l’entourage de celui qui était alors chef de l’État, conduisant à un isolement de plus en plus marqué, sous prétexte de “protéger” Jacques Chirac. L’image du chef de l’État, et donc son autorité, ont ensuite été affectées par la désacralisation volontaire opérée par Nicolas Sarkozy au nom d’une nécessaire “modernité”.

En insistant sur sa “normalité”, François Hollande a achevé une mutation spectaculaire de l’image présidentielle, qui est passée, depuis François Mitterrand, de l’empyrée à la banalité. Du reste, les conseillers du président actuel ont bien perçu le danger de cette “normalité”. Ils ont tout fait pour corriger ce tir depuis la fin de l’année dernière, mais c’est trop tard : cette “banalité” s’est imprimée sur la rétine des Français quand ils voient François Hollande, comme l’agitation autrefois quand ils regardaient Nicolas Sarkozy.

En proposant à la jeune Kosovare de rentrer en France sans sa famille, François Hollande n’a satisfait personne et semble plus que jamais otage des divisions de la gauche. Est-il en train de ressusciter la IVe République sans faire de modifications constitutionnelles ? En quoi ?

Sous la Vème République, le chef de l’État est situé au-dessus des partis et il est, en principe, un arbitre. Or, cette logique des institutions est battue en brèche, depuis longtemps, par la logique majoritaire, qui fait qu’un président a besoin d’une majorité parlementaire pour agir vraiment. Avec le passage au quinquennat, cette mue du président de la République en chef d’une majorité politique victorieuse s’est accélérée. L’autorité du chef de l’Etat et sa qualité d’arbitre ont beaucoup perdu à cette réduction du mandat présidentiel.

Il y a dès lors un malentendu dans les institutions, puisque nous sommes passés dans un système ultra-majoritaire, mais où le principal gouvernant, le président de la République, est encore plus exposé que le chef du gouvernement dans les régimes parlementaires ! Cette évolution a pris, avec François Hollande, une orientation nouvelle. Il ne dispose pas sur sa majorité d’une autorité aussi solide que Nicolas Sarkozy sur la sienne de 2007 à 2012, et se retrouve donc contraint, pour continuer à gouverner, d’arbitrer entre les différentes fractions de sa majorité : entre les naïfs et les “durs” sur l’immigration, entre les partisans d’une politique de l’offre et les avocats d’une politique de défense. On pourrait multiplier les exemples. Et quand François Hollande, qui n’avait pas bien assis son autorité sur son camp avant de gagner en mai 2012, tranche ces débats, il s’efforce souvent de ménager les uns et les autres, dans ce qui apparaît plus comme un petit calcul habile que comme une décision. Bref, le président de la République dispose toujours, en France, de pouvoirs extraordinairement étendus mais le tempérament de l’actuel chef de l’État, comme l’évolution issue du passage au quinquennat, font de lui un équilibriste comme les présidents du Conseil de la IVe République.

François Hollande, lorsqu’il était premier secrétaire du PS, s’était distingué par son goût pour la synthèse. Gouverne-t-il en fait la France comme il dirigeait le PS ? Est-ce-vraiment possible étant données l’histoire et l’architecture institutionnelles du pays ?

Les institutions de la Ve République sont sans doute plus adaptées à la culture politique de la droite qu’à celle de la gauche. Pour la droite, comme disait Maurras assez cruellement (pour lui-même), “en politique, le succès est signe de vérité”. A droite, le combat politique est très violent entre ceux qui aspirent au leadership, mais celui qui s’impose au finish, s’il gagne, a définitivement assis son autorité sur son camp. A fortiori si chacun sait que le président élu va se représenter… Il suffit de se souvenir comment Nicolas Sarkozy, malgré les errements de sa communication au début, est resté assez incontesté à droite en 2007-2008 pour le comprendre.

A l’inverse, à gauche, la victoire ne referme pas le débat. Tout y est donc fonction de l’autorité personnelle, voire de la légitimité historique du Président sur sa famille politique. Celles de François Mitterrand étaient fortes, celles de François Hollande étaient et restent faibles d’où cette impression de désordre que donne le pouvoir actuel. A gauche, il n’est pas choquant que des députés de la majorité comme Pascal Cherki ou Malek Boutih critiquent violemment le chef de l’Etat. C’est dans la culture d’une famille politique qui n’a pas naturellement le culte de l’autorité. A droite, c’est difficile à imaginer.

Grâce à la Vème République, le Général de Gaulle avait réussi à créer une certaine stabilité politique, cet équilibre des pouvoirs est-il désormais menacé ? Dans ce contexte, François Hollande pourrait-il être contraint de renoncer à son mandat ?

Un rééquilibrage entre le pouvoir législatif et l’exécutif semble en effet s’opérer aujourd’hui. C’est à la fois le résultat d’une conjoncture (la personnalité de François Hollande, la crise), d’une évolution commencée bien avant 2012 (le quinquennat et l’affaiblissement symbolique du président de la République) et d’une réforme institutionnelle, celle de 2008, qui donne plus de pouvoir au Parlement.

Néanmoins, je crois que les réflexes institutionnels vont jouer suffisamment pour permettre à François Hollande de rester à ses fonctions. Une solution pourrait être pour lui, afin de sortir d’une crise institutionnelle qui durerait, de dissoudre l’Assemblée nationale… Comme le notait malicieusement François Hollande lui-même dans le film documentaire qui lui a récemment été consacré (“Le pouvoir”), le mandat des députés peut se trouver brutalement raccourci sur décision présidentielle.

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