Valérie Pécresse : “En 2012, on savait ce qu’il fallait faire pour le pays mais on ne savait pas comment le dire aux Français et être élu après”

Dans son  dernier livre, Voulez-vous vraiment sortir de la crise,  Valérie Pécresse explique qu’elle veut  incarner “une droite réformiste et progressiste qui n’a pas peur de parler  d’économie et d’emploi”. Entretien.

Pécresse

Propos recueillis par Alexandre Devecchio pour le site d’info Atlantico 

Votre dernier livre, sorti le 11 septembre, s’intitule Voulez-vous VRAIMENT sortir de la crise ? (Albin Michel). Les solutions que vous avancez (TVA antidélocalisation, abrogation de la loi des 35 heures ou création d’un contrat-formation pour les jeunes) s’inscrivent dans le logiciel traditionnel du social-libéralisme. On y retrouve beaucoup du programme de Nicolas Sarkozy. Que proposez-vous de vraiment nouveau ?

Valérie Pécresse : Je ne suis pas d’accord. Les propositions de mon livre sont justement celles que Nicolas Sarkozy aurait dû proposer en 2012 ! On savait ce qu’il fallait faire pour le pays mais on ne savait pas comment le dire aux Français et être élus après. Face au risque de déclin, les réponses doivent être fortes et sans ambiguïtés. Ainsi par exemple, pour réduire vraiment les dépenses publiques, il est indispensable de revenir aux 39 heures (payées 37,5 heures) dans la fonction publique et les administrations sociales. Je raconte dans le livre les réunions animées durant lesquelles nous avons tergiversé avant de finalement renoncer à toucher à ce totem des 35h jusqu’à 6 mois avant les élections. Je propose également une règle d’or fiscale qui consiste à s’interdire de modifier un impôt plus d’une fois tous les 5 ans et surtout de porter atteinte de manière rétroactive à des situations déjà constituées. Cette règle d’or fiscale permettra de restaurer la confiance dans l’impôt, aux français de consommer et aux entreprises d’investir. NI Nicolas Sarkozy, ni François Fillon n’en ont voulu en 2011.

Je propose aussi en matière de service à la personne de changer complètement de logique : le particulier employeur est un chef d’entreprise comme les autres, il devrait pouvoir défiscaliser l’intégralité du revenu de son salarié de son impôt sur le revenu. C’est comme cela que l’on créera des emplois. Je propose également d’aligner pour les employeurs particuliers les règles d’allègement des charges sociales qui sont pratiquées dans les entreprises. Enfin, je propose de mettre fin a l’ultra précarité des stages et de transformer le stage en véritable contrat-formation en gardant la souplesse du stage, l’absence de charges sociales. C’est la contrepartie nécessaire à la souplesse de l’organisation du travail que je demande. Je propose également des réformes radicales de la formation professionnelle, du BAC et de l’école, de l’Etat. Au total, 70 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques si les mesures du livres étaient appliquées.

Etant donné le caractère exceptionnel de la situation actuelle et l’immobilisme dans lequel se complaisent les élites, les solutions convenues et convenables sont-elles suffisantes ? La situation n’appelle-t-elle pas un changement complet de logiciel idéologique ?

Je crois que nous avons besoin d’un sursaut national. Il faut que s’ancre dans l’esprit des Français que nous ne sortirons pas de la crise sans collectivement travailler davantage et dépenser moins. Il faut aussi que le travail paie plus que l’assistance. Cela veut dire que la droite doit s’engager dans une logique de hausse des salaires net et donc de baisse des charges patronales et salariales. Cela suppose de réformer profondément le financement de la sécurité sociale. Je pense qu’il faut également en finir avec l’idée que la fiscalité du capital doit être la même que la fiscalité du travail. Aujourd’hui, une convergence fiscale européenne sur la fiscalité du capital est absolument indispensable. Le capital, c’est du travail qui a déjà été taxé. L’équivalence entre fiscalité du capital et fiscalité du travail est une équivalence qui est fausse. Il faut une harmonisation entre les différents pays européens parce qu’on est dans un monde ouvert, et sinon le capital s’en va.

Vous attribuez la défaite de 2012 à un manque de pédagogie pour imposer dans l’opinion publique la nécessité de certaines réformes. Mais plus qu’à un problème de méthode, l’échec de la droite n’ est-il pas lié à un déficit d’idées et à un manque de vision ?

Il n’y a pas de consensus aujourd’hui sur les reformes que je propose. Regardez le “non” au référendum alsacien sur la fusion région département. La France est une société qui connaît une violence paralysante, qui prend en otage le politique : je raconte ainsi comment nous avons tenus face à la rue lors des 9 mois de blocage des facs. Dans ces moments d’extrême tension, le pouvoir politique manque singulièrement d’alliés ! La France silencieuse doit désormais s’exprimer, notamment via les réseaux sociaux. A nous de convaincre les Français du bien fondé de nos réformes. Et de définir notre ligne politique très en amont de l’élection présidentielle.

Si votre livre multiplie les mesures pragmatiques, on a justement parfois du mal à discerner votre vision de la France. Quelle est-elle ?

Ma France c’est une France qui gagne dans la mondialisation en se réformant et c’est une France des valeurs. Nous devons les faire vivre : le travail, la liberté, l’autorité et la justice. Je vous l’ai dit, le travail doit être davantage récompensé. Les libertés économiques confortées, notamment la liberté d’entreprendre, d’innover, de créer. Tous les maillons de la chaîne de l’autorité qui va de la famille à la justice, doivent être renforcées car sans elle nous n’avons plus de repères et la République est fragilisée. Enfin, la justice n’est pas l’apanage de la gauche : nous seuls proposons des solutions crédibles pour sauver notre modèle social avec des efforts équitablement répartis entre les Français. Enfin j’assume de donner une priorité à la jeunesse. pour moi, les réformes en matière d’éducation,de formation ou d’insertion professionnelle des jeunes sont les clés d’un retour de l’optimisme collectif.

Le Général de Gaulle était capable de formuler en seulement quelques mots l’offre politique qu’il proposait. N’est-ce pas justement ce type de leader qui manque aujourd’hui à la France ? Qui pourrait aujourd’hui ainsi porter une vision simple et forte comprise par tous ?

La question du leadership nous la trancherons en 2016. Le temps aujourd’hui doit être au bouillonnement des idées et des solutions neuves et pas encore aux slogans.

Vous-même, en quelques mots simples, pouvez-vous nous résumer l’offre politique que vous voulez incarner ?

Je veux réhabiliter le mot réforme. Incarner une droite réformiste et progressiste qui n’a pas peur de parler d’économie et d’emploi. Les envolées lyriques ne suffisent plus aux Français. Et j’assume l’idée que la droite puisse être clairement une droite réformiste. Je pense comme Winston Churchill qu’il ne faut plus dire que nous avons fait de notre mieux (même si c’est vrai) mais « qu’il faut réussir à faire ce qui est nécessaire ».

On vous compare parfois à Angela Merkel. Est-ce une comparaison que vous assumez ?

Oui j’assume sa détermination, j’assume aussi son pragmatisme libéral-social et en même temps son style modeste et sérieux. Je pense qu’il faut une ou un Angela Merkel pour la France, c’est-à-dire un Président qui ait la volonté de la réforme,l’obstination de faire et en même temps l’empathie nécessaire pour accompagner le changement.

Dans le dernier chapitre, vous prônez justement davantage de convergence avec l’Allemagne. De la convergence à l’alignement, il n’y a parfois qu’un pas. On a le sentiment que les élites françaises n’arrivent plus à penser la France en dehors de l’Allemagne. Pourquoi ne pas trouver en nous-même les conditions de notre redressement ?

Je sais que nous sommes uniques. En tant qu’ancien ministre des universités et de la recherche, je mesure plus que quiconque les formidables atouts de notre pays. Mais, je crois que beaucoup de choses ont été faites chez nos voisins qui permettent de trouver des pistes de redressement. Si vous ne voulez pas parler d’Allemagne parlons du Canada, parlons de la Suède, parlons de tous les pays qui ont redressé leur économie, leurs finances, qui sont aujourd’hui conquérants dans la mondialisation, qui ont sauvé leur protection sociale. L’intérêt des comparaisons internationales c’est de montrer que réforme ne rime pas avec austérité et punitions mais avec guérison. Simplement les Français doivent accepter l’ordonnance des médicaments à prendre.

Vous présentez également votre livre comme un droit d’inventaire. Pourtant Nicolas Sarkozy est rarement évoqué et le débat autour de la ligne Buisson est éludé. Pourquoi ?

Il ne s’agit pas d’un portrait de Nicolas Sarkozy, même si je décris au fil des pages certaines coulisses du quinquennat. L’inventaire porte sur ce que nous avons réussi et sur ce qui a bloqué. Je crois que cet inventaire est nécessaire et utile pour répondre à tous ceux que nous avons déçus et pour nous rendre crédibles à l’avenir. François Hollande emmène le pays dans le mur faute d’avoir fait l’inventaire des 35 heures, des emplois jeunes, de la décentralisation ou de la retraite à 60 ans. La gauche n’a pas brisé ses totems. Nous devons faire cet inventaire utile. Nous comprendrons pourquoi sur certaines réformes nous avons reculé faute d’avoir un cap clair, celui de la compétitivité des entreprises (pour la TVA anti-délocalisation), faute d’avoir résisté au corporatisme des élus (pour la fusion département-région) ou faute d’avoir trouvé suffisamment d’alliés dans la société civile (pour la réforme du lycée).

L’ombre de l’ancien chef de l’Etat empêche-t-elle aujourd’hui la droite de se reconstruire ?

Le leadership, je l’ai dit, nous le trancherons le moment venu. Mais cette question ne doit pas occulter le débat d’idées. Pour moi 2013 et 2014 c’est le temps du débat d’idée à l’UMP. Sommes-nous le parti de la croissance ? Sommes-nous le parti du pouvoir d’achat et du travail qui paie ? Sommes-nous le parti de l’autorité et du respect de la loi oeuvrant pour réduire les délais de justice et donner un droit aux victimes à l’exécution des peines ? Aujourd’hui la droite se reconstruira sur une ligne politique !

Ces derniers jours, le débat à droite s’est focalisé sur la petite phrase de François Fillon concernant le FN. Poser ces questions autour du FN sur un plan moral intéresse-t-il vraiment les militants et les Français ?

Je crois que les socialistes sont les moins bien placés pour nous donner des leçons de morale quant à nos rapports avec les extrêmes. Ils sont alliés avec l’extrême gauche dont je montre, dans le livre, toute la violence, et ils viennent de modifier les règles électorales pour favoriser le FN dans toutes les élections. Pour éviter le vote extrême nous devons mettre toute notre énergie dans la recherche de vraies solutions aux problèmes de la France. Sans en occulter aucun : immigration, laïcité, sécurité, chômage,…

A travers cette phrase, François Fillon s’est-il finalement tacitement rallié à la ligne de droitisation défendue par Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy ?

Je vous le répète je ne crois pas que nous ayons perdu l’élection de 2012 parce que nous étions trop a droite ou trop au centre. Nous avons perdu parce que nous n’avons pas osé présenter aux Français les réformes nécessaires au redressement du pays.

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