Delphine Batho débarquée : une opération 100% gagnante pour le gouvernement

Delphine Batho a été démise de ses fonctions par François Hollande ce mercredi 2 juillet, a annoncé l’Elysée dans un communiqué. La désormais ancienne ministre de l’Écologie est remplacée par le député socialiste du Gers Philippe Martin. L’analyse de David Valence.

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Propos recueillis par Alexandre Devecchio pour le site d’info Atlantico 

“Le budget du ministère de l’écologie est mauvais”. Les déclarations de Delphine Batho ce mardi sur RTL n’ont visiblement pas plu à François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Cet après-midi, la ministre de l’Ecologie et de l’Energie a été démise de ses fonctions. Ce n’est pas le premier couac du gouvernement. Arnaud Montebourg par exemple a exprimé à plusieurs reprises son désaccord avec la ligne de Jean-Marc Ayrault notamment sur le dossier Florange. Pourquoi Delphine Batho a-t-elle été démise de ses fonctions et pas les autres ministres ? Qu’est-ce que cela dit des rapports de force au sein du gouvernement ?

David Valence : Il y a une différence de forme et de fond entre les déclarations d’Arnaud Montebourg dans le passé et celles de Delphine Batho ce matin. Sur la forme, Arnaud Montebourg a souvent pris des positions “aventurées” à un moment où la position du gouvernement n’était pas arrêtée. Il s’est parfois opposé au Premier ministre dans l’analyse. Mais une fois les arbitrages rendus, quand ils lui ont été défavorables comme sur le dossier de Florange, il a avalé son chapeau et s’est bien gardé de critiquer un arbitrage rendu.

Delphine Batho a fait tout le contraire de son collègue du Redressement productif. Elle a été discrète d’abord, puis tonitruante une fois la décision rendue. A sa place, un bon politique aurait fait monter la pression en étant plus présent médiatiquement en amont des arbitrages budgétaires, mais se serait tu s’il les avait perdus, ces arbitrages. Delphine Batho, par amateurisme ou sincère dépit, a fait tout le contraire. Elle a critiqué un arbitrage budgétaire à l’heure où, précisément, il avait été rendu. En agissant ainsi, elle confortait de surcroît, elle, l’élue socialiste, les écologistes qui ruent dans les brancards et dénoncent le manque d’ambition écologique du gouvernement.

Quant à la différence de fond, elle est évidente et liée à ce qui précède : Delphine Batho n’a pas réussi à gagner en poids politique depuis 1 an, alors qu’Arnaud Montebourg est une star des médias depuis la fin des années 1990. Pour faire preuve d’autorité, virer une ministre inconnue quoique titulaire d’un portefeuille très symbolique et important est plus facile que virer un ministre inefficace, voire dangereux, mais médiatique. C’est la dure loi de la politique en 2013.

Est-elle simplement victime d’une accumulation de couacs au sein du gouvernement ou sa démission traduit-elle autre chose ?

Il est incontestable que le Premier ministre a désormais plus d’autorité, et on peut supposer que c’est lui qui a exigé de François Hollande une démission de Delphine Batho. Beaucoup d’arbitrages budgétaires se rendent en effet à Matignon, et Jean-Marc Ayrault pouvait légitimement se sentir contesté dans son autorité par sa Ministre. Or, celle-ci n’avait pas de gardes-fous médiatiques ou politiques. Elle n’est pas connue du grand public et est isolée au sein du PS. Autrefois considérée comme proche de Ségolène Royal, une personnalité de gauche dont la place est mal définie dans le dispositif majoritaire, elle ne pesait pas grand’chose rue de Solférino. Elle est du reste remplacée par un Fabiusien pur sucre en la personne de Philippe Martin, qui avait essayé de devenir Président du groupe PS à l’Assemblée l’an dernier.

En maintenant Delphine Batho, on aurait en outre permis aux écologistes de verser du sel sur les plaies, et de critiquer les décisions gouvernementales en se référant à une Ministre pourtant pure apparatchik du PS! Le risque de trouble au sein de la majorité aurait été grand. Reste qu’avec cette démission, le faible intérêt manifesté par François Hollande pour l’écologie est décidément mis en lumière. Delphine Batho restera comme une victime sacrifiée sur l’autel de la rigueur économique, comme un symbole aussi du désenchantement que suscite le gouvernement, notamment auprès des partisans d’une véritable “révolution écologique”.

Quelles leçons faut-il en tirer ?

Qu’on ne me parle plus d’un changement de Premier ministre! L’autorité de Jean-Marc Ayrault est confortée par ce départ : jamais François Hollande n’aurait “démissionné” une de ses ministres s’il s’apprêtait à changer de gouvernement. Une autre leçon, positive celle-là, est celle de l’attachement du gouvernement à sa politique de réduction des dépenses publiques. Le départ de Delphine Batho est un signe adressé à ceux qui doutaient de la détermination socialiste à tailler dans le vif pour réduire le déficit et la dette. Dernière hypothèse, plus risquée : en “virant” une ministre très intransigeante sur la question du gaz de schiste, le gouvernement envoie peut-être un signe indirect à ceux qui souhaitent l’exploiter en France. Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement changera de politique! Mais c’est la méthode Hollande que d’essayer de gagner sur tous les tableaux et de concilier les contraires, non?

Quelles peuvent être les conséquences sur le gouvernement et plus largement sur la majorité ? Les Verts peuvent-ils quitter le gouvernement comme le suggère Jean-Vincent Placé ?

Il serait paradoxal que les écologistes quittent le gouvernement pour protester contre l’éviction d’une ministre socialiste ! A vrai dire, le coeur d’EELV tangue depuis pas mal de temps. Une grande partie de la “base” écologiste estime que “le compte n’y est pas”, et ce depuis plusieurs mois. Or, la déception face au gouvernement rapproche deux tendances des écologistes a priori irréconciliables : les “gauchistes non complètement repentis” et les “écologistes purs et durs”, qui peuvent se rapprocher contre les “réalistes” incarnés par Cécile Duflot. Jean-Vincent Placé, qui sent bien le vent tourner, a choisi d’accompagner cette évolution. Mais je serais surpris que cette fronde de la base écologiste aboutisse très vite à une sortie du gouvernement. L’hypothèse la plus probable est celle d’une prise de distance progressive, comme dans les deux dernières années du gouvernement Jospin (2000-2002).

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