#Printempsdescons : et s’il était temps de se révolter contre ces réflexes idéologiques qui paralysent la France ?

Atlantico a obtenu une vidéo tournée en cachette du “Mur des cons” du Syndicat de la magistrature, qui expose dans son local syndical les photos des têtes à abattre. Un sectarisme qui n’est malheureusement pas isolé. Analyses par Jean-François Kahn, Erwan Le Noan, Maxime Tandonnet et Alexandre Giuglaris

Pintemps des cons

Entretiens menés par Alexandre Devecchio

Atlantico a obtenu une vidéo tournée en cachette du “Mur des cons” du Syndicat de la magistrature. Il expose dans son local syndical la tête des adversaires – et des justiciables ? – à abattre. Toutes les personnes épinglées sur ce mur sont plutôt de sensibilité de droite. On a l’impression que ces personnes sont visées simplement parce qu’elles seraient coupables de penser autrement. D’une certaine manière, ce “Mur des cons” est-il le reflet d’une France prisonnière de réflexes idéologiques sectaires ?

Jean-François Kahn : La gauche radicale comme la droite radicale a toujours eu tendance à diaboliser l’adversaire. Dans le cas présent, on diabolise l’adversaire en le traitant d'”imbécile”. Un réflexe qui s’est clairement manifesté durant le psychodrame sur le mariage homosexuel. Durant les manifestations anti-mariage, on a entendu crier “Hollande nazi” tandis que durant les manifestations pro-mariage, on entendait “Frigide Barjot nazi”. On peut détester Hollande comme Frigide Barjot, mais les assimiler à Hitler ou au nazisme, c’est le summum du ridicule. Les partisans du mariage homosexuel et les médias qui les soutenaient ont eu tendance à rejeter leurs adversaires dans le camp de la “ringardise”, de “l’archaïsme” et de l'”homophobie”. De l’autre côté, tout partisan du mariage gay devenait un ennemi de la société, de la civilisation.

Il y a eu une tension paroxysmique qui est dans notre culture, dans la matrice qui nous a constitué comme République.On se souvient par exemple du “coupeur de tête” qu’était Marat durant la Révolution. A l’inverse, lorsque vous lisez les livres Joseph de Maistre, l’un des penseurs de la droite contre-révolutionnaire, il y a aussi l’idée que le bourreau est la figure centrale d’une civilisation qui se tient. Clemenceau qui n’était pourtant pas un extrémiste disait la Révolution est un bloc et revendiquait la terreur jusqu’à Marat tandis qu’à droite on revendique l’inquisition et les croisades ! Ces réflexes idéologiques ont tout de même débouché sur plusieurs guerres civiles : la guerre de Vendée en 1793, la Commune en 1870… D’une certaines manières, les années 1940-1944 débouchent également sur une guerre civile avec des miliciens qui se livrent à des exécutions sommaires et des crimes inqualifiables.

Erwan le Noan : L’affaire du « Mur des cons » est révélatrice des mythes dans lesquels vit la France : on prétend que les magistrats (ou plus largement les fonctionnaires) seraient animés par une notion quasi-divine, « l’intérêt général », totalement neutre et objective et dont eux seuls auraient le secret. L’école du Public Choice – avec James Buchanan, prix Nobel récemment disparu – a montré que c’est faux. Les magistrats, comme les autres individus, sont mus par des intérêts personnels (et comme les acteurs privés ils peuvent s’intéresser à l’intérêt commun).

La vidéo révèle ce que tout le monde sait : les juges ont des opinions politiques et le Syndicat de la Magistrature est très engagé, très à gauche. Une étude a montré par ailleurs récemment que les magistrats étaient aussi pleins d’idées préconçues sur l’économie, très hostiles au marché (et ce n’est pas un hasard si Terra Nova s’est piqué de prendre leur défense).

Alexandre Giuglaris : En effet, quand on voit que des personnalités comme Alain Minc, Luc Ferry ou David Pujadas sont épinglées sur ce « mur des cons », aux côtés de très nombreuses personnalités politiques de l’ancienne majorité, on ne peut que constater une forme d’obsession idéologique de la part de ce syndicat crée en 1968. On voit même jusqu’où peut aller cette obsession avec la création d’un véritable tableau de chasse impliquant toutes ces personnalités dont le Syndicat de la Magistrature (SM) ne partage pas les idées.

Cette méthode est plus que contestable et compte-tenu de l’importance de l’autorité judiciaire et de sa place dans la démocratie, je ne crois pas qu’on puisse parler de simples « blagues » comme le fait la dirigeante de ce syndicat qui revendique son ancrage à gauche, après avoir appelé à voter pour François Hollande. Le problème fondamental c’est qu’ensuite ce même syndicat refuse que l’on puisse s’interroger sur les décisions de justice qui sont rendues au nom du peuple français. Ils refusent à la fois d’appliquer les lois de la République et en même temps d’assumer les responsabilités de leur engagement.

Maxime Tandonnet : Non, on ne peut pas parler d’une « France » aux réflexes idéologiques sectaires. Les Français dans leur grande majorité, la majorité silencieuse, sont ouverts au dialogue et à la tolérance. Ils se parlent en famille, entre amis, au travail, dans la rue, et n’aiment pas les affrontements idéologiques. La violence verbale, les insultes haineuses, le lynchage en meute caractérisent plutôt les milieux médiatisés, la sphère dirigeante ou influente. Quant à ce « mur des cons » il exprime au grand jour ce que chacun sait: la dérive militante et idéologique d’une petite minorité de magistrats dont l’attitude risque hélas de rejaillir sur toute une profession. Au-delà du clivage droite-gauche, ce « mur des cons » manifeste chez quelques-uns la perte de tout repère éthique, professionnel, intellectuel. De la part d’individus qui ont le pouvoir de priver un homme ou une femme de son honneur ou de sa liberté, cela dénote un état d’esprit qui fait froid dans le dos. Le phénomène est ultra minoritaire, mais il jette le trouble et une suspicion dramatique sur l’idée d’une justice indépendante (y compris des considérations idéologiques) et impartiale.

L’affrontement gauche/droite semble parfois se résumer au combat du bien contre le mal. Cette vision manichéenne paralyse-t-elle le débat ? Exonère-t-elle les deux camps de toute remise en cause ?

Jean-François Kahn : En forçant le monde politique à s’organiser en deux blocs, les institutions de la Ve République ont accentué les antagonismes. Entre la droite rassemblée au sein de l’UMP et le PS et ses alliés, il n’y a pas de place pour les autres sensibilités. Il faut forcément choisir son camp. A partir du moment où il n’y a plus que deux camps, une logique d’affrontement se met forcément en place. Si l’un des deux camps fait 49,5%, il meurt. C’est la logique de la guerre. Après l’affaire Cahuzac, on a beaucoup insisté sur le mensonge. Mais dans une logique de guerre, est-ce qu’on peut vraiment dire la vérité ? La logique de guerre a deux conséquences : la simplification et la diabolisation de l’adversaire qui n’est plus simplement un concurrent, mais devient un ennemi au détriment de la vérité. Dans la logique de guerre, il y a d’un côté, la vertu incarnée, et de l’autre côté, le vice incarné. Comme dans le système stalinien, l’adversaire devient un “pou” ou un “rat visqueux”. Il se trouve que dans notre vocabulaire moderne un “pou” ou un “rat visqueux” se dit “fasciste”, “hitlérien” ou au mieux “populiste”.

Erwan le Noan : La force idéologique de la Gauche est de s’être accaparé l’idée de progrès et celle de justice, ce qu’elle appelle le « progressisme ». Tout ce que fait la Gauche, c’est pour le bien de l’Humanité ; ses adversaires en étant naturellement les ennemis. En juin dernier, le Gouvernement expliquait ainsi que la rigueur de gauche « est juste, elle n’est pas idéologique, injustice et punitive comme la rigueur de droite ». C’est d’une candeur idéologique aussi touchante que terrifiante. Dans ce mode de pensée, il n’y a pas de place pour le désaccord ni pour le pluralisme, puisqu’ils reviennent à nier la sainte Vérité. C’est bien ce que René Rémond dénonçait quand il critiquait Simone de Beauvoir : celle-ci, pleine d’une tolérance qui l’honore, avait écrit dans la revue Les Temps modernes : « la vérité est une ; l’erreur, multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme ».

Dans sa défense du « progressisme », la gauche oublie que ce qui permet le mieux de lutter contre les rentes et les privilèges, c’est l’économie de marché et la concurrence ! Le marché est une institution profondément sociale. Dans la pensée libérale, l’entreprise en place qui abuse de son pouvoir doit pouvoir être stimulée par un nouvel entrant qui propose de meilleurs produits moins chers ; de la même manière, les milieux sociaux privilégiés doivent être contestés par les jeunes talents qui arrivent avec leurs idées, leur travail et leur réussite !

Alexandre Giuglaris : Il ne faut pas généraliser, ce n’est pas toute la justice qui est gangrénée mais effectivement cette affaire jette un large discrédit sur l’action de nombreux magistrats compte-tenu du poids de ce syndicat dans la magistrature. C’est à présent à ce syndicat de nous dire comment il peut encore rendre justice sans être soupçonné de partialité, notamment dans les dossiers ou instructions impliquant des personnalités auxquelles il s’oppose publiquement.

On le voit que la question de l’engagement politique et syndical dans la magistrature est clairement posée, en particulier quand leur idéologie se fait aussi sectaire et manichéenne. Il faut avoir la sagesse de revenir enfin au principe du droit de réserve pour les magistrats. Les juges sont des citoyens mais du fait des prérogatives que leur donne la société, ils ont aussi des obligations. Ils doivent s’y tenir et ne pas être des acteurs politisés du débat public. Sauf à mettre définitivement en péril leur propre crédibilité devant les Français.

Enfin, concernant l’approche idéologique des questions de justice, je me permets de rappeler notre sondage réalisé avec l’Institut CSA au mois de mars : entre 75 et 90% des Français sont d’accord avec nos propositions, notamment le droit d’appel des victimes ou la construction de 20 000 places de prison. En clair, l’affrontement droite/gauche n’existe que chez les idéologues pas chez les Français, toutes tendances confondues.

Maxime Tandonnet : La fureur qui caractérise la politique française aujourd’hui relève en grande partie de la comédie humaine. Les joutes oratoires sanglantes et les insultes laissent bien souvent place en privé, loin de la lumière des caméras, au tutoiement et aux embrassades. Cela dit, la « guerre civile froide » qui domine la scène politique française aujourd’hui est une véritable catastrophe nationale. Elle n’est pas dans notre tradition républicaine. Sous la IIIe et la IVe République, la cassure profonde entre les partis n’existait pas. Les alliances se forgeaient en fonction des dossiers, des convictions, des stratégies. Certes, cette souplesse se traduisait à certaines époques par une instabilité ministérielle désastreuse. Mais entre le chaos des Républiques précédentes et la raideur agressive du système actuel, un équilibre doit être possible. La violence politicienne ne se retrouve pas non plus à ma connaissance dans d’autres grandes démocraties européennes comme le Royaume-Uni et l’Allemagne. Les formations politiques devraient pouvoir se parler, échanger sereinement, exprimer leurs désaccord, passer des alliances de circonstances autour de quelques valeurs consensuelles, telles que l’intérêt national et le respect de la dignité des personnes. L’apaisement de la vie politique serait une marque de respect envers les citoyens et une voie de reconquête de leur confiance. A l’heure actuelle, prisonniers de leurs jeux de rôle haineux, embarqués dans une spirale, les politiques en sont incapables.

Justice :

L’affaire du “Mur des cons” est-elle révélatrice d’un Justice française gangrenée par l’idéologie ?

Alexandre Giuglaris : Il ne faut pas généraliser, ce n’est pas toute la justice qui est gangrénée mais effectivement cette affaire jette un large discrédit sur l’action de nombreux magistrats compte-tenu du poids de ce syndicat dans la magistrature. C’est à présent à ce syndicat de nous dire comment il peut encore rendre justice sans être soupçonné de partialité, notamment dans les dossiers ou instructions impliquant des personnalités auxquelles il s’oppose publiquement.

On le voit que la question de l’engagement politique et syndical dans la magistrature est clairement posée, en particulier quand leur idéologie se fait aussi sectaire et manichéenne. Il faut avoir la sagesse de revenir enfin au principe du droit de réserve pour les magistrats. Les juges sont des citoyens mais du fait des prérogatives que leur donne la société, ils ont aussi des obligations. Ils doivent s’y tenir et ne pas être des acteurs politisés du débat public. Sauf à mettre définitivement en péril leur propre crédibilité devant les Français.

Enfin, concernant l’approche idéologique des questions de justice, je me permets de rappeler notre sondage réalisé avec l’Institut CSA au mois de mars : entre 75 et 90% des Français sont d’accord avec nos propositions, notamment le droit d’appel des victimes ou la construction de 20 000 places de prison. En clair, l’affrontement droite/gauche n’existe que chez les idéologues pas chez les Français, toutes tendances confondues.

Doit-on y voir un innocent folklore syndical ou cette « liste noire » jette-elle un soupçon sur l’impartialité de la Justice ?

Alexandre Giuglaris : C’est la question clairement soulevée par cette affaire en effet. En revanche, je récuse l’idée de folklore, en particulier lorsque l’on voit que sur ce mur se trouve des familles de victime, notamment Jean-Pierre Escarfail dont la fille a été violée et tuée par Guy Georges. J’aimerais que le SM explique ce qu’il y a de drôle et de potache là-dedans ? Le syndicat parle de « défouloir durant l’époque Sarkozy ». Le Syndicat de la Magistrature souhaite-t-il également se « défouler » sur les familles de victimes ? J’aimerais vraiment qu’ils s’expliquent là-dessus. Comment peut-on « s’amuser » de telles tragédies ? Mais peut-être est-ce une nouvelle preuve de leur sectarisme et de leur idéologie.

De tels procédés, comme ce mur honteux, soulignent une approche extrémiste et sectaire profondément inquiétante, tout comme lorsqu’on banalise des termes comme « l’homme de Vichy ». Les mots ont un sens et une portée. Le Syndicat de la Magistrature et les organisations dont il est proche ne devraient pas employer ces termes ou avoir des pratiques comme ce mur, car on prend le risque de banaliser des faits ou des propos qui seraient réellement graves.

La majorité des magistrats ont une sensibilité de gauche. Cela a-t-il réellement une incidence sur leur jugement ? L’accusation de laxisme lancée notamment par Nicolas Sarkozy à l’égard des juges vous paraît-elle justifiée ?

Alexandre Giuglaris : Lorsque l’on voit, malgré le déferlement de critiques des syndicats, que les peines plancher n’ont été appliquées que dans 40% des cas éligibles, on ne peut que se poser la question. La responsabilité en incombe à ces organisations syndicales qui abandonnent les simples revendications catégorielles pour se mêler de politique. Quand le Syndicat de la Magistrature passe cinq années à dénoncer les peines plancher, on comprend mieux leur faible taux d’application…

Il s’agit là d’un véritable enjeu démocratique. Les lois sont votées par le Parlement, démocratiquement élu. L’autorité judiciaire doit appliquer les lois, expression de la volonté générale et du vote des Français. Par ailleurs, la Justice est rendue au nom du peuple français. Il est donc démocratiquement choquant que les magistrats qui ne sont pas élus en France, décident pour certains de ne pas appliquer les lois pour des raisons idéologiques.

Une réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature est actuellement prévue. Elle prévoit de revenir sur les nominations en son sein et de donner aux magistrats une majorité dans sa composition. En clair, on veut renforcer le corporatisme de cette institution et donner plus de pouvoirs aux syndicats. Le président de la Commission des Lois, M. Urvoas, a d’ailleurs déclaré qu’on prend le risque avec cette réforme de voir renaître les « stratégies de réseau ». Les risques d’une telle réforme apparaissent plus clairement à l’aune de cette affaire. Il faut que le gouvernement y renonce.

Politique économique :

Les préjugés idéologiques pèsent sur la Justice, mais pas seulement. Quels sont ceux qui pèsent sur la politique économique ?

Erwan le Noan : Les préjugés sont tous, globalement, en défaveur de l’économie de marché. C’est vrai de la part de la Gauche qui estime que toutes les inégalités sont injustifiées (alors que certaines le sont, par le travail et le mérité notamment). C’est vrai aussi de la droite qui défend les rentiers capitalistes, dont beaucoup de grandes entreprises françaises. Les industriels français détestent la concurrence, comme le montre le rapport Gallois. En France, on condamne tout d’un bloc, oubliant que le libéralisme et le capitalisme ne sont pas la même chose.

Ces préjugés empêchent-ils de conduire jusqu’au bout certaines réformes ? Lesquelles ?

Erwan le Noan : La France a cruellement besoin aujourd’hui d’un peu plus de concurrence : pas de sauvagerie, mais d’émulation et de liberté, de stimulation des talents. Or, pour des raisons très bien expliquées par Algan et Cahuc dans La société de défiance, les Français se raidissent face à toute réforme qui introduit un peu plus de concurrence. Ils ont l’impression – pas fausse – que le système étant sclérosé, tous les gains des autres sont des pertes pour eux : une minorité de rentiers s’accapare les bénéfices (à commencer par l’Etat et ceux qui en vivent). Ils sont encouragés en ce sens par des gens de gauche comme de droite qui passent leur temps à défendre l’étatisme…

Les hommes politiques sont-ils trop sensibles à ce qu’on pourrait appeler “la chape de plomb de la pensée unique” ?

Erwan le Noan : Les hommes politiques sont d’abord sensibles à ce qu’ils croient être les convictions de leur électorat. Il arrive qu’ils se trompent… La droite, par exemple, hésite trop à défendre des réformes dignes de ce nom. Si elle s’inspirait plus de ce qui se passe à l’étranger, elle verrait qu’elle peut défendre une économie de marché efficace et une solidarité sociale réelle, dans le respect de la liberté, en donnant des responsabilités à la société plutôt qu’à l’Etat qui l’étouffe. Le problème est qu’une partie de ses représentants courent derrière le prêt-à-penser socialo-étatiste et fadement keynésien.

La centralisation française fait par ailleurs que ce qui se pense en dehors de Paris n’existe pas. Or, le cœur intellectuel de la France est d’une pesanteur terrible. Tout y est d’un conformisme écrasant et sclérosé. Des cercles restreints qui vivent dans une élite favorisée passent leur temps à émettre des jugements péremptoires coupés des réalités. Il est facile de dire que l’impôt n’est pas une oppression quand on vit sans se soucier de ses comptes ! Ils ont peut être raison, mais ils ne tolèrent pas les divergences d’opinion.

Comment faire sauter les verrous ?

Erwan le Noan : Pour que les responsables politiques décident de réformer, il faut soit trouver un martyr qui renoncera à sa réélection, soit convaincre les élus que la réforme leur permettra de gagner les élections. Cela devrait être possible : François Hollande est au plus bas dans les sondages parce qu’il échoue à réformer. ; Nicolas Sarkozy a perdu aussi parce qu’il n’a pas fait la rupture qu’il avait annoncée.

La formation des élites françaises doit ensuite être bouleversée. Aucune réforme ne se fera aussi longtemps qu’elles auront intérêt que l’Etat grandisse et reste omnipotent. Or, les élites économiques (les patrons adeptes du crony capitalism) et administratives (les hauts fonctionnaires nourris à la dépense publique) n’ont aucune intention de scier la branche sur laquelle ils sont assis, même si elle étouffe les Français. Au delà, c’est tout le système de l’Education en France, qui est une « machine à trier » qu’il faut profondément rénover.

Education nationale :

Quels sont les préjugés idéologiques qui pèsent également sur l’Education nationale ?

Erwan le Noan : L’Education nationale concentre tous les préjugés de la société française. Parce qu’il s’agit d’une institution administrative, qui vit de la dépense publique. Parce que les parents sont terrifiés à l’idée qu’une réforme pourrait faire perdre des chances de réussite pour leurs enfants – alors qu’elles sont déjà souvent minces. Parce qu’elle est tenue en partie par des syndicats qui sont idéologiques.

En conséquence, on vit dans le mythe de l’égalité – alors que tous les parents qui le peuvent contournent la carte scolaire et ont recours au privé. On vit dans le mythe que le « toujours plus » sera la solution aux problèmes et on dénonce la concurrence et l’autonomie.

Quelles sont les réformes indispensables dans ce domaine qui seraient entravées par l’idéologie ?

Erwan le Noan : L’Education nationale a cruellement besoin d’introduire le libre choix et la concurrence dans son fonctionnement. Les familles devraient avoir la possibilité de choisir l’établissement de scolarisation de leurs enfants, les enseignants devraient avoir le droit de déterminer leurs méthodes pédagogiques, les établissements devraient pouvoir choisir leurs équipes et leurs rythmes. Des évaluations transparentes seraient publiées régulièrement, stimulant entre eux les établissements. Toute cette logique est bloquée par la dénonciation idéologique – et souvent hystérique – de la concurrence. L’Etat décide de tout, restreint toutes les libertés et n’accorde sa confiance à personne, estimant savoir mieux que tout le monde.

Les syndicats ont-ils une responsabilité dans ces blocages ? Laquelle ? Sont-ils réellement représentatifs du monde enseignant et de ses préoccupations ?

Erwan le Noan : Les syndicats représentent une “époque” de l’Education nationale : celle des vieux enseignants, baignés d’idéologie, qui arrivent à la retraite – non sans tenter de passer le flambeau. Les jeunes profs sont souvent lassés de cette pesanteur qui les contraint et qui réussit à tout bloquer. Rien ne change parce que quelques fossiles restent agrippés à leurs utopies égalitaristes pseudo-marxisantes, totalement éloignés des problèmes de leurs jeunes collègues et surtout, surtout, des préoccupations des familles et de la réussite des enfants.

Immigration

Le sujet de l’immigration suscite souvent les controverses. Le caractère idéologique et passionné du débat empêche-t-il de traiter ce sujet d’une manière efficace ?

Maxime Tandonnet : La question de l’immigration est caractéristique d’une sorte d’hypocrisie nationale profonde. En privé, dans la discrétion, tout le monde ou presque dit la même chose : avec 3 à 5 millions de chômeurs, la France ne peut pas accueillir tous les malheureux de la planète. Pourtant, le sujet déchaîne les passions dès que le débat prend une tournure publique et visible. Le thème de l’immigration est, selon les périodes, selon l’analyse des intérêts électoraux, soit passé sous silence, comme aujourd’hui, soit surexploité. Il donne lieu à tous les mensonges possibles. Les uns brandissent des chiffres délirants, d’autres osent prétendre que la France n’est plus une terre d’immigration. Ce décalage entre le jeu politicien et le sentiment d’impuissance des politiques que ressentent les citoyens confrontés aux réalités de l’immigration et aux échecs de l’intégration, est l’une de des causes du rejet de la politique qui s’exprime dans les sondages.

Les hommes politiques et les médias sont-ils trop prisonniers du politiquement correct ?

Maxime Tandonnet : En tout cas, je suis convaincu qu’ils ne disent pas en public ce qu’ils pensent et ce qu’ils expriment en privé, et cela quelle que soit leur formation politique. Ils fonctionnent sur la peur, la phobie d’être accusé de racisme, ringardisé ou ostracisé par le monde de la presse et des médias ce qui signifie la mort pour un politique aux ambitions nationales. J’ai constaté à maintes reprises que les personnalités qui nagent dans l’angélisme au niveau national se montrent parfois les plus virulentes localement quand leur commune ou leur circonscription est touchée par des problèmes migratoires. Ce climat général de tartufferie contribue à la négation et à l’enfouissement des enjeux, bloque toute recherche de solutions et favorise un pourrissement de situations dramatiques.

Quels sont les tabous qu’il faut absolument faire sauter pour traiter la question correctement ?

Maxime Tandonnet : Il faut regarder les faits, la réalité, dans les cités sensibles, les squats, les collèges de banlieue, les quartiers populaires, mettre fin à la politique de l’autruche. Il faut faire abstraction de l’idéologie et des postures. Il est invraisemblable que sur un sujet tel que l’immigration, nous soyons la seule démocratie dans laquelle il est impossible de disposer de chiffres fiables et admis par tous. Pourquoi cette peur des statistiques ? Pourquoi ne pas créer une commission d’enquête parlementaire transpartisane concernant la réalité des chiffres de l’immigration ? On peut être en désaccord sur les politiques à suivre. Sur la connaissance du phénomène, il est incompréhensible qu’on ne parvienne pas à dégager un consensus. Le premier tabou à faire sauter, c’est celui de la recherche de la vérité.

Quelles solutions devraient être absolument adoptées et ne le sont pas par peur de choquer ?

Maxime Tandonnet : Il y a une grande imposture à faire croire que les questions d’immigration ou d’intégration peuvent se régler par des remèdes miracles et des slogans de type « immigration zéro ». Pour moi, la référence est le programme de Nicolas Sarkozy en 2012 : réforme de la convention de Schengen, réduction de moitié du flux migratoire, référendum sur la lutte contre l’immigration irrégulière. Cela dit, je pense très sincèrement que cette question devrait être dépassionnée, voire dépolitisée, faire l’objet d’une recherche d’un consensus à la fois ferme et respectueux de la dignité des personnes entre les responsables politiques qui sur le fond, je le redis, partagent les mêmes préoccupations et sont conscients de la nécessité de profonds changements. Hélas, la démocratie française n’est pas parvenue au niveau de maturité qui permettrait ce dialogue.

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