Compte à rebours avant dissolution : François Hollande réussira-t-il à conserver une majorité politique jusqu’à la fin de son mandat ?

L’autorisation du mariage gay et de l’adoption pour les couples homosexuels était l’une des promesses de campagne de François Hollande. En attendant la décision de l’Assemblée nationale le 26 décembre, le PS, par le biais de son Premier secrétaire, Harlem Désir, maintient la pression sur le président de la République en lançant une pétition. Analyse de Gérard Grumberg pour Atlantico.

LE DÉBUT DU QUINQUENNAT HOLLANDE DÉÇOIT 64% DES FRANÇAIS, SELON IFOP
Entretien mené par Alexandre Devecchio

Harlem Désir, le Premier secrétaire du Parti socialiste, a lancé une pétition en faveur du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels. Comment interprétez-vous ce geste ? S’agit-il d’un moyen de faire pression sur François Hollande qui semble temporiser sur le sujet ?

Gérard Grumberg : Pour le Parti socialiste, le mariage gay est l’occasion de reprendre un peu l’initiative compte tenu du fait qu’il ne pouvait la prendre sur la politique économique et européenne de François Hollande. D’autant plus que les socialistes craignent la mobilisation des adversaires du mariage homosexuel. Le souvenir de la situation de 1984, avec la mobilisation pour l’école privée, qui avait obligé le gouvernement de Pierre Mauroy à reculer, est toujours présent dans les esprits. Cette pétition est une manière pour le PS de déplacer le terrain du débat et de montrer qu’il existe.

Comme on l’a vu sur le dossier de Florange ou sur le pacte de compétitivité, François Hollande a choisi une orientation économique sociale libérale. Du coup, est-il obligé de donner des gages à sa majorité sur les questions de société ?

Sur les questions de société, sur le mariage homosexuel comme sur le droit de vote des étrangers, François Hollande a été assez clair et assez en pointe durant sa campagne. Mais lorsque vous devenez président de la République, vous êtes plus sensible à désamorcer les débats qui peuvent diviser le pays. C’est ainsi qu’en 1984, François Mitterrand avait choisi d’abandonner son projet d’école unique. Je pense que le président de la République souhaite tenir ses promesses électorales sur ces questions. Mais, avec les problèmes économiques et sociaux qu’il rencontre, il se rend compte que ce sont de nouveaux champs de division dans le pays et aborde ses problèmes avec plus de précautions que le PS.

Même s’il a fait beaucoup de pas dans la direction sociale-démocrate, le Parti socialiste n’est pas vraiment enthousiasmé par la politique économique menée par François Hollande. Ce n’est pas dans sa culture. Par conséquent, le PS peut vouloir marquer sa différence en se battant sur les questions de société. Si le PS a bien compris que pour des raisons d’arithmétique parlementaire, le droit de vote des étrangers serait enterré, il veut être en pointe sur la question du mariage homosexuel.

Interrogé sur Europe 1, l’ancien conseillé de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson a jugé que “la base électorale de François Hollande était trop étroite” et que dans ces conditions “une dissolution était de plus en plus probable”. Partagez-vous ce point de vue ?

Tant que le chef de l’Etat dispose d’une majorité favorable à l’Assemblée nationale, il n’a pas de problèmes absolument fondamentaux. Même s’il pourrait espérer une base électorale plus large, la manière dont fonctionne les institutions permet à François Hollande de gouverner dans la stabilité. Quant à la dissolution, Jacques Chirac nous a montré qu’il est toujours extraordinairement risqué de faire de nouvelles élections puisqu’en général on les perd.

Le président de la République va-t-il néanmoins devoir faire des concessions à l’aile gauche du PS et à ses alliés pour conserver une majorité unie ?

François Hollande est un président socialiste élu par la gauche. Il est bien obligé d’en tenir compte, mais il est aussi soumis, comme tous les dirigeants européens, à des pressions contradictoires : d’un côté la nécessité d’aller dans le sens de l’intégration européenne et donc de mener des politiques de rigueur, et de l’autre coté, les demandes de l’électorat et de son propre parti.

Certains pays ont résolu cette contradiction, au moins temporairement, en élargissant les bases du gouvernement aux grands partis du centre-gauche et du centre-droit. C’est ce qui s’est passé en Hollande ou en Grèce. C’est aussi,d’une certaine façon, ce qui s’est passé en Italie avec le gouvernement Monti. Les grands leaders sont soumis à des contradictions très fortes entre lesquelles ils doivent naviguer. C’est leur rôle et ce n’est jamais simple.

François Bayrou a justement lancé un appel à l’unité nationale. Le Modem peut-il intégrer la majorité ?

Le problème du Modem, c’est qu’il n’existe pas d’un point de vue parlementaire. François Hollande n’a donc aucun avantage à élargir sa majorité. Compte tenu des pressions qu’il subies de son aile gauche, ce serait très compliqué pour François Hollande d’assumer un tournant politique après son tournant économique. Pour l’instant, ce n’est pas de saison. Le problème vient du mode de scrutin spécifique à la France. Sans scrutin proportionnel, il est très difficile de sortir de l’affrontement droite/gauche. Il faudrait vraiment une crise majeure avec de nouvelles élections. Mais ce scénario n’est pas prévisible à court terme.

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