Champ de ruines à l’UMP : et si la guerre des chefs n’avait fait que des perdants ?

Après deux semaines de crise à l’UMP, l’heure du bilan a sonné. Qui sont les gagnants et les perdants de la bataille ? Quel avenir pour les têtes d’affiche émergentes ou confirmées du parti ? L’analyse de Josée Pochat, Carole Barjon et Christian Delporte pour le site d’information Atlantico

Fillon-et-Copé1

Par Alexandre Devecchio

Les Barons

  • Jean-François Copé et François Fillon espéraient faire de l’élection à la présidence de l’UMP un tremplin pour la présidentielle de 2017. Et si les deux hommes avaient fini par s’entretuer ? Nicolas Sarkozy aurait pu être le troisième homme. Mais, il y a toujours un risque à intervenir au milieu d’un ring, celui de prendre des coups…

Jean-François Copé/ François Fillon :

Josée Pochat : Leur image est très abîmée. Ils se sont anéantis l’un, l’autre. Jean-François Copé a l’avantage car il garde les clés de la maison. Mais combien de temps lui faudra-t-il pour retrouver le soutien des militants et trouver la place dans l’opinion qu’il n’a jamais eu ?

Carole Barjon : L’enjeu n’était pas le même pour François Fillon et pour Jean-François Copé. Pour François Fillon, cette élection était un prélude à la présidentielle de 2017. Il jouait déjà là sa place de candidat de la droite en 2017 face à François Hollande. En ratant cette opération, il perd son statut.

Pour Jean-François Copé, qui est plus jeune, il s’agissait aussi d’un galon d’essai pour la présidentielle. Il avait d’ailleurs déjà expliqué il y a trois ou quatre ans qu’il était candidat en 2017. Mais, étant donné son âge, s’il perdait dans des conditions normales face à François Fillon, cela n’avait pas le même impact. Il s’agissait de se positionner.

Compte tenu, de ce qui c’est passé, il est clair que François Fillon a beaucoup perdu. Il a fait une campagne moins convaincante de second tour d’élection présidentielle, ce qui n’est pas forcément ce qu’il faut faire lorsqu’on veut prendre la présidence d’un parti où s’adresser à des militants nécessairement plus radicaux. Jean-François Copé a quant à lui démontré beaucoup d’énergie et de professionnalisme. Mais il a aussi inquiété par son côté “no limit” et a perdu la bataille de l’opinion. Il apparaît désormais comme quelqu’un pour qui la fin justifie les moyens. Il ne sera pas crédible pour 2017  et a sans doute perdu cinq ans.

Christian Delporte : Quel qu’il soit, le vainqueur a compromis durablement son image. Copé sort plus affaibli encore, pour deux raisons : sa popularité était moindre que celle de Fillon avant la crise et les sympathisants de droite l’en rendent plus responsable que l’ancien Premier ministre. Pour renverser la vapeur, le vainqueur du duel n’aura pas besoin d’une victoire mais d’un triomphe électoral en 2014 et 2015. Mais, au-delà, la chute de l’un pourrait bien entraîner la chute de l’autre. On pensait que le vote pour la présidence de l’UMP fermerait le jeu pour 2017 (ce qui explique la crispation des deux camps). Au bout du compte, il est plus ouvert que jamais.

Nicolas Sarkozy :  

Josée Pochat : Son interventionnisme, il n’a pas pu s’en empêcher, l’a certainement affaibli. Il n’est pas arrivé en sauveur, en chef incontesté qui d’un claquement de doigts ramenait l’ordre, même s’il reste la référence absolue auprès des militants et sympathisants UMP.

Carole Barjon : L’ancien président de la République y laisse des plumes. Il a pris un risque en intervenant et a perdu un peu de son autorité. Jean-François Copé s’est même payé le luxe de lui faire un bras d’honneur…

Christian Delporte : Son autorité a été écornée par la crise qu’il n’est pas parvenue à résoudre immédiatement. L’attitude de Fillon et surtout de Copé a montré que ni l’un ni l’autre ne favoriserait son retour. La crise a brisé le « timing » politique de Sarkozy, contraint de se dévoiler, alors qu’il ne prévoyait pas de sortir si tôt de son silence. Mais il n’avait pas le choix : pour revenir, il lui faut être plébiscité par une famille unie. Reste qu’auprès des sympathisants UMP, sa popularité est, par contraste, renforcée. Pour combien de temps ?

Les poids moyens

  • L’élection à la présidence de l’UMP était aussi l’occasion pour les poids moyens du parti de se positionner pour l’avenir. Encore fallait-il choisir le bon cheval… A moins que les non-alignés soient les vraies vainqueurs de cette élection ?  En cas de nouveau vote, ces derniers pourraient tirer leur épingle du jeu.

 

Valérie Pécresse/Eric Ciotti/Laurent Wauquiez :

Josée Pochat :  La carrière de ceux qui choisissent le bon cheval s’accélère, la leur risque d’être gelée. Si Jean-François Copé est confirmé à la tête de l’UMP. Dur pour Ciotti perdu au milieu de la droite modérée. Encore plus dur pour Valérie Pécresse qui était une proche de Jean-François Copé et faisait partie des quatre mousquetaires. Valérie “Traîtresse”, le surnom que lui a donné le camp Copé, en dit long sur la suite…

Carole Barjon : Eric Ciotti fait paradoxalement partie des gagnants car il a gagné en notoriété nationale, ce qui dans la petite “gé-guerre” de leadership qui l’oppose à Christian Estrosi dans les Alpes-Maritimes n’est pas négligeable. Laurent Wauquiez tirera son épingle du jeu quoi qu’il arrive. Il est apparu relativement solide et sa motion “la droite sociale” est arrivée en deuxième position. Il a l’avenir devant lui et a solidifié ses positions.

Christian Delporte : Compte tenu de ses relations avec Copé, si celui-ci gagne la partie, Valérie Pécresse sera l’une des principales perdantes. Mais, en politique, la roue tourne. On constate que, depuis quelques jours, elle est plus en retrait. Sur les conseils de Fillon ? Ciotti, c’est la surprise : il a pris de l’épaisseur auprès du grand public et du poids dans le parti. Sa fidélité à Fillon comptera, et il est devenu incontournable. Quant à Wauquiez, il bénéficie de deux atouts : les 22% de sa motion et le fait d’être resté mesuré dans le propos. Même s’il est resté fidèle à Fillon, Copé ne peut s’en passer. Il sort relativement intact de la crise et, à 37 ans, auréolé d’une expérience gouvernementale, il est l’un des hommes montants de la droite.

NKM/ Bruno Le Maire/ Xavier Bertrand :

Josée Pochat : Ils ont gardé leur neutralité et ils ont bien fait. Ils vont maintenant essayer de sortir leur épingle du jeu. Pour autant, réussiront-ils à profiter du duel mortifère Copé/Fillon. Ce n’est pas sûr.

Carole Barjon : Leur proposition de nouveau vote a favorisé François Fillon. Mais appeler à un nouveau vote, c’était aussi, pour eux, le moyen de participer à la compétition alors qu’ils n’avaient pas eu les parrainages nécessaires. Finalement, leur intervention aura surtout ajouté de la confusion à la confusion.

Christian Delporte : Les « non-alignés » ont montré à quel point ils comptaient peu. Coincés entre deux camps soudés jusqu’à l’absurde, ils sont une somme d’individualités qui, pendant la crise, ont l’immense avantage de pouvoir être invités sur les plateaux de télévision. Certains caressent sans doute l’espoir d’être des candidats du « recours ». C’est bien pourquoi Copé et Fillon les tiennent soigneusement à l’écart. D’autant que Bertrand, par exemple, a affiché son ambition pour 2017. Mais si l’un montre le bout de son nez, la belle unité des « non-alignés » éclatera en mille morceaux. Reste que, demain, dans une UMP à reconstruire, le vainqueur ne pourra se passer d’eux, car ils feront la passerelle avec le camp vaincu.

François Baroin :

Josée Pochat : Il me semble être dans le camp des perdants. Proche de Jean-François Copé, il a choisi François Fillon. La dimension affective de son lien avec Copé fait que le prix à payer sera élevé. Déjà, il avait été écarté par Nicolas Sarkozy en 2007 après l’avoir remplacé au ministère de l’Intérieur. La petite phrase de l’époque était : “deux mois à l’Intérieur, cinq ans à l’extérieur.” Il repart pour un tour.

Carole Barjon : François Baroin a apporté son soutien à François Fillon. Il y avait une certaine logique idéologique dans ce ralliement. Mais l’ancien ministre a su rester discret et très prudent comme à son habitude. La suite démontrera peut-être qu’il a eu raison.

Christian Delporte : Il incarne plus que jamais le dépositaire de l’histoire et des valeurs du chiraquisme, lui-même héritier du gaullisme. Même si le passé gaulliste pèse peu, aujourd’hui, à l’UMP, il reste présent comme barrière morale aux tentations de rapprochement avec le FN. Baroin a joué un rôle en coulisses, particulièrement pour regrouper les députés qui ont finalement former le « Rassemblement-UMP ». Du coup, difficile, pour lui, de jouer le « troisième homme ».

La génération montante

  • La paire Guillaume Peltier/ Geoffroy Didier a créée la surprise dans cette élection. Leur motion “la droite forte” est arrivée largement en tête, y compris dans les fédérations les plus modérées. Mais les deux trentenaires ne sont pas faits que des amis parmi leurs aînés…

 

Guillaume Peltier/ Geoffroy Didier :

Josée Pochat : On peut les placer dans le camp des gagnants. “Copé boys”, jeunes pousses à l’image de la droite de décomplexée, ils ont pris une vraie dimension.

Carole Barjon : Leur motion est arrivée en tête. C’est un fait qu’il faut constater objectivement. Mais attention à la rébellion des parlementaires. A vouloir brûler les étapes, ils pourraient se brûler les ailes.Tout vient à point à qui sait attendre.

Christian Delporte : Le beau coup, c’est leur motion arrivée en tête. Ils ont tenté de transformer l’essai, par une hyper-présence médiatique, en « cousins-flingueurs » de Copé. Mais leur influence personnelle sur le parti dépend de la victoire de leur champion. S’il gagne ou accepte un compromis, il est fort à parier que Fillon, sinon demandera leur tête, du moins cherchera à les écarter. Reste que les deux ont montré leur ambition. Ce  sont, pour les médias, de « bons clients », comme Sarkozy ou Copé en leur temps. On connaît la suite…

 Les outsiders

  • Un peu moins connu du grand public, Luc Chatel et Jérôme Chartier se sont illustrés dans cette élection en tant que fidèles lieutenant. Peut-être pas encore suffisant pour sortir de l’ombre…

 

Luc Chatel :

Josée Pochat : Il est le vice-président du président autoproclamé du parti. Si Jean-François Copé garde l’avantage, il ne sera pas black-listé. Mais Jean-François Copé lui en voudra sûrement de s’être prononcé pour un nouveau vote.

Carole Barjon : Luc Chatel a réagit plutôt raisonnablement en appelant à un nouveau vote. Lorsque vous voyez que votre principal allié s’enferme dans bunker de plus en plus verrouillé, vous n’êtes pas obligé de le suivre…

Christian Delporte : Il a conquis du galon et, derrière son sourire jovial, se cache une véritable ambition. Très en avant, il apparaît, à tort ou à raison, comme un « modéré » du camp Copé, capable, peut-être, de faire bouger les lignes. Quoiqu’il arrive, il sera présent dans le nouveau dispositif de l’UMP.

Jérôme Chartier :

Josée Pochat : Député de base, il était en première ligne de la campagne de François Fillon : porte-parole du candidat. Son retour en grâce n’est pas pour demain… Sauf, comme pour les précédents, s’il se décidait à trahir en quittant le groupe Rassemblement-UMP pour rejoindre Jean-François Copé en affaiblissant François Fillon.

Christian Delporte : Chacun a pu apprécier combien, comme porte-parole, il maniait la langue de bois avec dextérité. Toujours utile en politique…

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