N’en déplaise à Audrey Pulvar et Anne Sinclair… Et si la droitisation était aussi une manière de répondre aux angoisses du peuple ?

Dans son édito des “Inrocks”, Audrey Pulvar a fustigé Jean-François Copé qui se rêve président de la République, et qui au mieux « sera le Premier ministre de Marine Le Pen». Tandis que dans un article publié dans le Huffington Post, Anne Sinclair a dénoncé la droitisation de la société et les thèmes de campagne défendus par le président autoproclamé de l’UMP.  L’occasion de débattre de la fameuse ligne Buisson.

Pulvar Sinclair

Débat mené par Alexandre Devecchio avec Laurent Bouvet, Daoud Boughezala et Dominique Jamet

Anne Sinclair et Audrey Pulvar ont toutes les deux dénoncé la droitisation de la société dans des éditos publiés respectivement dans le Huffington Post et dans les “InRock”. En dépit de la victoire de François Hollande, la société se “droitise”-t-elle réellement ?

Daoud Boughezala :  Je pense que l’on est ici très loin de la vérité. Toutes ces analyses autour de la droitisation pêchent selon moi par amnésie collective ainsi que par ignorance des mutations idéologiques, notamment de la gauche. Si droitisation il y a, elle concerne les projets économiques, puisque l’économie de marché fait aujourd’hui consensus, y compris à la gauche du PS, qui entend simplement la réguler.

Mais lorsque les médias dominants parlent de droitisation, ils évoquent généralement une prétendue radicalisation de la société sur des sujets régaliens ou sociétaux (sécurité, l’immigration, l’identité nationale, multiculturalisme). Ces analyses à courte vue oublient  par exemple qu’il y a une vingtaine d’années, les États Généraux de la droite, RPR-UDF, signaient un accord prévoyant l’arrêt de l’immigration sans que cela ne provoque des cris d’orfraie. Lorsque Valéry Giscard D’Estaing parlait de l’immigration « invasion » ou quand Chirac s’alarmait du « bruit et de l’odeur » des immeubles à forte population immigrée, la polémique était ainsi loin d’arriver au niveau qu’elle aurait eu de nos jours. C’est bien davantage le seuil de tolérance sociétale de la presse qui a évolué, plutôt que le discours de la droite, à plus forte raison lorsque l’on sait que Marine Le Pen se refuse aujourd’hui à tenir un discours explicitement ethniciste pour occuper un créneau plus “républicain”. Ces faits invalident la théorie de la droitisation. 

En fait, le débat sur la « droitisation » cache les mutations idéologiques d’une gauche qui a abandonné l’idée d’égalité au profit de thématiques diversitaires comme le mariage gay ou le droit de vote des étrangers. Cette promotion du différentialisme brouille de plus en plus les cartes du jeu politique. 

Dominique Jamet : Je ne sais pas si c’est l’élection de François Hollande qu’il faut prendre comme date d’une éventuelle droitisation, mais il me semble que nous assistons, effectivement, à une droitisation de la société et à une radicalisation des opinions. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de droitisation car on assiste en parti au même phénomène à la gauche de la gauche. Il me paraît indiscutable qu’il y a une montée des extrêmes à la lumière et dans le contexte de la crise.

Laurent Bouvet : C’est une question à laquelle il est plus difficile de répondre qu’il n’y paraît. Si l’on observe ce qui se passe depuis quelques années (fin du quinquennat de N. Sarkozy et campagne pour la présidence de l’UMP) à droite, on constate qu’il y a une droitisation de… la droite. Incontestablement. Certains des responsables de l’UMP ayant décidé d’une stratégie de reconquête d’une partie des électeurs perdus par N. Sarkozy entre 2007 et 2012 au profit de Marine Le Pen et du FN fondée sur des thématiques identifiables : identité nationale, islam, lien délinquance-immigration…

Sarkozy, Copé et même aussi en partie Fillon ont suivi ce chemin, accompagnés par de nombreux élus et militants. Le score élevée de la motion « la droite forte » au congrès de l’UMP témoigne également de ce durcissement suivant la fameuse « ligne Buisson ».

Est-ce que la société française se droitise ? C’est un autre sujet et la réponse n’est pas nécessairement la même. On constate en effet que tant sur les questions économiques et sociales que sur les questions dites « sociétales » ou de « valeurs », les réponses aux enquêtes et le sens des scrutins ces dernières années, notamment la présidentielle cette année, ne témoignent pas d’une nette droitisation.

Le score de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle n’est pas le signe clair d’une droitisation. Il témoigne d’un ensemble complexe de phénomènes mêlant critique de la mondialisation libérale et de ses effets, de la construction européenne qui ne les a pas empêchés ni atténués mais durcis en même temps qu’une perte de repères de tous ordres face aux bouleversements qui s’accumulent. Les réactions que l’on peut qualifier d’identitaire autour des questions liées à l’islam et à l’immigration témoignent ainsi davantage du déboussolement que d’un racisme endémique et croissant. Elles viennent d’une insécurité ressentie ou vécue, peu importe ici puisque ce qui motive le vote dans un tel cas reste lié à des représentations, vraies ou fausses, distantes ou proches, qu’elle soit économique ou culturelle, les deux dimensions étant intimement mêlées dans la vie de chacun.

Anne Sinclair cite par ailleurs l’exemple des “Unes” des newsmagazines, “de plus en plus agressives” selon elle, notamment celle de L’Express sur le coût de l’immigration ou celle du Point sur l’islam. Dans ce cas de figure, comme dans celui de l’affaire du “pain au chocolat”, ce que l’on appelle “la droitisation” n’est-il pas tout simplement un moyen de parler aux angoisses des Français ?

Laurent Bouvet : On peut “parler aux Français” de bien des manières. La question politique de fond est de savoir pour quoi on le fait. Le FN et une partie de la droite (celle évoquée plus haut), mettent en avant ce qui divise et ce qui sépare les Français, au nom de la préférence nationale ou d’une identité particulière qui serait plus légitime qu’une autre à raison de tel ou tel argument historique, religieux, culturel, etc.

Mais on peut aussi “parler aux Français” en mettant en avant ce qui rassemble, ce qui est commun. Le mot que nous utilisons en français pour désigner ce “commun”, c’est la République. C’est sans doute, au-delà des différences d’approches que l’on peut avoir en politique, la seule manière de lutter contre les dérives identitaires de toute sorte dans cette période très difficile, déstructurante et angoissante, que l’on vit.

Les couvertures sensationnelles mais devenues habituelles des magazines cités ici sur un sujet comme l’islam ne font que nourrir un peu plus les fantasmes et les dérives identitaires de part et d’autre. Elles radicalisent et antagonisent sous prétexte d’information. Il me semble que c’est le contraire du journalisme. Qu’il y ait des réalités et des exemples de dérives identitaires à montrer et à dénoncer, c’est évident. S’en servir pour tenter de sauver des journaux qui vont mal, c’est autre chose. Je trouve cela, personnellement, à la fois dangereux pour la situation politique et sociale du pays, et contre-productif pour la presse.

 Daoud Boughezala : Ces sorties révèlent encore l’amalgame trop souvent fait entre deux phénomènes qui ne se recoupent pas totalement, à savoir l’islamisation et l’immigration. Les causes profondes de cette agitation médiatique résultent de la question plus générale de l’immigration, l’islamisation en étant en quelque sorte le sous-produit. Il est ainsi étonnant de voir que l’immigration clandestine a augmenté de 50% ces 10 dernières années sous Sarkozy pendant que se développait en parallèle un discours anti-islam de plus en plus poussé, en particulier chez les partis populistes européens. Il y a eu ainsi une forme « d’hédonisme sécuritaire », comme le décrit l’essayiste Gaël Brustier, qui s’est crée en réaction à un certain conservatisme religieux islamique. C’est ce nouveau discours populiste, visant à protéger les droits des minorités  de souche européenne contre la logique moraliste de l’Islam, par une combinaison de protectionnisme culturel et de libéralisme économique, qu’on retrouve dans le discours d’un Jean-François Copé. Or, les histoires de pains au chocolat ne sont que la couche la plus superficielle des problèmes posés par l’importation de cultures étrangères. Le géographe social Christophe Guilluy a conçu la notion d’ « insécurité culturelle » pour caractériser cette confrontation interculturelle. Que l’immigration massive soit majoritairement composée de musulmans, de chrétiens ou d’animistes ne change pas fondamentalement le fond de l’affaire.

Dominique Jamet : Autant, il me paraît exact qu’il y a une droitisation de la société. Autant, je suis agacé, pour ne pas dire plus, par la manie qu’ont certaines personnes de saisir n’importe quel prétexte pour prétendre que cette droitisation fait des ravages abominables, que nous sommes à la veille de tomber dans le fascisme et qu’il est anormal de parler de l’islam et de l’immigration. C’est particulièrement contestable dans les deux cas que vous évoquez. Le Point ne parlait pas des musulmans en général, mais de “cet islam sans gêne “. C’est à dire de la minorité d’islamistes qui posent problème. De la même manière, bien que la couverture de L’Express ait pu donner à penser, peut-être pour des raisons commerciales il est vrai, qu’il s’agissait d’un réquisitoire contre l’immigration, l’article était tout à fait nuancé et en définitif plutôt favorable à l’immigration. Et là, on voit bien qu’il y a des gens qui considèrent certains sujets comme tabous alors qu’ils correspondent à des réalités et des préoccupations. Traiter ces sujets fait tout simplement partie du devoir d’information de la presse.


Anne Sinclair regrette que François Hollande renonce au droit de vote des étrangers et s’inquiète de la virulence du débat sur la mariage homosexuel. Pourquoi ces questions de société suscitent-elle autant de passion ?

Daoud Boughezala : Je pense que la question (du droit de vote des étrangers) n’est pas si importante en tant que telle, puisqu’elle concerne un nombre très faible de personnes et qu’historiquement le candidat Mitterrand en avait fait une promesse de campagne par gratitude envers les populations immigrées qui avaient combattu pour la France. Tout cela est aujourd’hui loin de nous car il reste bien peu de ces Anciens Combattants (voir le billet Vote des étrangers, promesse toujours oubliée).

Il s’agit selon moi d’une mesure avant tout symbolique, survivante des années 80, qui renvoie à des questions fondamentales, notamment comme l’accès à la citoyenneté et son rapport à la nationalité. L’argument selon laquelle une telle mesure permettrait de faciliter l’intégration est paradoxal puisque si l’on cherche à pousser cette rhétorique jusqu’au bout il n’y aurait qu’a naturaliser tout le monde, au lieu de simplement ouvrir le droit de vote aux élections locales sans critère de nationalité. On évoque aussi un phénomène d’injustice puisque les ressortissants européens ont effectivement le droit de voter aux élections locales, mais il s’agit justement d’une regrettable ingérence du droit européen dans le droit français. Enfin l’on peut facilement battre en brèche l’argument phare des militants pour le droit de vote des étrangers qui consiste à dire que ces gens ont le droit à la citoyenneté puisqu’ils paient des impôts. Sans en être conscients, ceux-là réhabilitent une forme suffrage censitaire, je paye donc je vote. La demande de nationalité française, malgré des lourdeurs administratives, reste le meilleur canal pour s’agréger à la société française.

Quant aux polémiques sur le mariage pour tous, à mon sens, la division ne recoupe pas le clivage droite/gauche. La fameuse “bourde” de François Hollande sur la liberté de conscience devant les maires de France révèle le fait que l’opposition au “mariage pour tous” est aussi présente dans les rangs socialistes. On pense ainsi à Bernard Poignant, conseiller du Président et maire PS de Quimper, dont l’argumentation en faveur du mariage traditionnel n’est pas inspirée par les positions de la droite catholique mais s’appuie sur son expérience d’absence du Père.

Dans un autre registre, des homosexuels revendiqués comme Benoît Duteurtre aujourd’hui, Pasolini et Guy Hocquenghem (fondateur du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) ont à plusieurs reprises signifié leur rejet du mariage comme institution bourgeoise normative dont le conformisme social s’appliquerait mal à l’homosexualité. Mais à l’heure où la gauche a abandonné la lutte des classes au profit du très consensuel combat contre les discriminations, qui fait l’unanimité du MEDEF au NPA, il est compréhensible que le mariage hétérosexuel soit vécu comme une terrible injustice par Les Inrocks : faute de grives socialistes, on mange des merles sociétaux !

La question sous-jacente de l’homoparentalité est tout aussi clivante, même si lors des débats sur le PACS, ses défenseurs prétendaient hypocritement dissocier l’union civile du droit à l’adoption ou à la Procréation Médicalement Assistée, qui créerait carrément un marché de l’enfant. Encore une fois, Christine Boutin n’a pas le monopole de l’opposition à cette révolution sociétale. Songeons aux intellectuels issus de la gauche radicale Christopher Lasch et Jean-Claude Michéa, qui ont parfaitement expliqué comment l’extension infinie des droits individuels fait le jeu du marché en révolutionnant toutes les institutions qui résistent encore un tant soit peu à l’empire de la marchandise. Pour conclure les débats sur le mariage et le vote pour tous, je rappellerai cette vision prophétique d’Engels, auteur avec Marx du Manifeste du Parti Communiste : « En dissolvant les nationalités, l’économie libérale fit de son mieux pour généraliser l’hostilité, pour convertir l’humanité en une horde de bêtes féroces – les concurrents sont-ils autre chose ? – qui se dévorent mutuellement parce que les intérêts de chacun sont égaux à ceux de tous les autres. Après ce travail préliminaire, il ne restait plus à l’économie libérale qu’un pas à faire pour atteindre son but : il lui fallait encore dissoudre la famille ». Tout est dit.

 

Dominique Jamet : Le mariage homosexuel correspond à une modification d’une institution assez ancienne et assez connu qui s’appelle la famille. Une famille structurée autour de deux hommes ou de deux femmes jouant le rôle du père et de la mère représente un changement assez considérable dans la société. Il ne me paraît pas anormal que cela suscite une certaine émotion. 

De même, pour le droit de vote des étrangers. Ce qu’il faut bien admettre, c’est qu’accorder le droit de vote des étrangers, c’est dissocier ce droit fondamental dans une démocratie qu’est le vote, de la citoyenneté. De la même manière que le mariage entre un homme et une femme passe pour être la cellule de base de la société, le lien entre droit de vote et citoyenneté renvoie à une  conception de la nation.  Le droit de vote des étrangers est une conception du vivre ensemble qui efface la frontière institutionnelle comme d’autres lois tendent à effacer les frontières territoriales. C’est extrêmement important et ce qui serait anormal, c’est que cela ne suscite pas de débat.

Laurent Bouvet : Ces questions jouent un double rôle. Elles sont hautement symboliques des engagements qu’on appelle « sociétaux » de la gauche contemporaine tout en unifiant ces différents courants, et elles servent à habiller une action gouvernementale sur les questions économiques et sociales qui elle ne provoque pas le même enthousiasme à gauche.

Mais elles sont aussi un piège car dès lors que le débat est lancé dans l’opinion sur ces mesures, elles révèlent (pour le mariage c’est surtout la question de l’adoption qui est critiquée) des fractures très profondes dans la société. Et même à gauche, il y a des hésitations voire des oppositions. Ce sont des enjeux conflictuels et non consensuels, au même titre que l’économique et le social.

J’ajoute que se focaliser sur des mesures de ce type, c’est apporter de l’eau au moulin rhétorique d’un Patrick Buisson par exemple, qui pense que les clivages politiques doivent surtout s’articuler autour des enjeux sociétaux ou des « valeurs » et non plus de l’économique et du social. Il me semble donc qu’au nom d’intentions tout à fait louables : améliorer les droits individuels et l’égalité devant la loi, on crée des effets induits qui sont à rebours de ce que l’on attend à gauche.

 Les deux éditorialistes, comme beaucoup d’observateurs, accusent la ligne défendue par Jean-François Copé et la droite forte de faire le jeu du FN. Comment les partis de droite et de gauche peuvent-ils s’adresser à l’électorat populaire qui se détourne des partis traditionnels sans aborder certaines questions controversées telles  que l’insécurité, l’immigration ou l’islam ?

Daoud Boughezala : Si l’on fait le bilan de ces 25 dernières années, la politique qui a incontestablement échoué par rapport au Front national est celle du cordon sanitaire. Le fait de ne pas reconnaître le Front national comme un interlocuteur légitime, ce qui ne veut pas dire lui donner raison, a abouti à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, au score de 18% de Marine Le Pen, ainsi qu’au fait qu’au niveau local les élus du Front national n’ont aucun compte à rendre. Faute d’élus locaux, ils bénéficient d’une certaine virginité électorale qui sert leur rejet des élites et conforte le rejet du système « UMPS ». En 2011, le slogan du MJS était « pas un seul canton pour le FN », comme si l’élection d’un frontiste allait provoquer une nouvelle nuit de cristal ! On est véritablement dans le « théâtre » antifasciste tel que l’a dénoncé Lionel Jospin après sa retraite politique.  

En fait, la stratégie du cordon sanitaire a consisté à refuser le débat et à isoler certaine questions comme l’immigration et l’insécurité. Aujourd’hui, lorsqu’on critique l’immigration sans outrance, une certaine droite et une certaine gauche vous renvoient l’anathème du Front national au visage. Là aussi, c’est une victoire paradoxale de Jean-Marie Le Pen qui a contribué à ce qu’on ne puisse plus parler sereinement de certaines questions en s’octroyant le monopole des débats qui gênent.

Lorsque la gauche et même la droite pourront reparler sereinement des questions d’immigration et d’insécurité, notamment culturelle, le Front national reculera. Il y a 30 ans, Georges Marchais parlait très librement d’arrêt de l’immigration, sans discours xénophobe, pour faciliter l’intégration économique des immigrés eux-mêmes, et on ne le traitait pas de “Le Pen” bis. D’ailleurs, depuis que le PC  a abandonné la nation et la défense de la culture populaire, ses électeurs sont massivement partis vers le Front national.

Dominique Jamet : Sur des questions comme celles de l’immigration ou de l’intégration de certaines personnes qui viennent de l’étranger dans la société française et qui ont une culture, une religion, des coutumes qui ne sont pas les nôtres, il est naturel et civique de s’interroger. Je ne reprocherais pas à Jean-François Copé d’aborder ces questions. Estimer qu’un certain nombre de fait posent problème, c’est le contraire de l’hypocrisie et c’est répondre à des questions que se posent à d’innombrables personnes.

En revanche, je lui fais le même reproche que je fais au Front national. Ce que je regrette dans le cas du Front national, comme dans le cas de Jean-François Copé, c’est leur hémiplégie. Il peut exister des peurs, des angoisses, des ressentiments, des haines, mais n’exploiter que ce volet de la question c’est ne faire que la moitié du parcours. Il manque au FN et à Jean-François Copé une dimension d’ouverture et de générosité qui contrebalancerait la notion de lucidité et de défense de l’ordre. Attirer l’attention sur ce qui ne va pas dans l’immigration et l’échec de l’intégration d’une certaine catégorie d’immigrés ne doit pas masquer la proportion considérable des gens qui viennent en France pour vivre, y travailler, et pour s’y intégrer. Il y a un grossissement comme on le fait avec un microscope sur tel ou tel microbe, tel ou tel bacille qui ne va pas et l’ignorance de ce qui va ou de ce qui pourrait aller. En d’autres termes, je trouve que politiquement, Jean-François Copé manque singulièrement de générosité, d’imagination, d’ouverture. En un mot, d’envergure. 

Laurent Bouvet : Encore une fois, la question n’est pas de savoir si l’on doit ou non aborder ces questions mais comment on le fait.

A gauche notamment, il faut résister aux injonctions et critiques qui renvoient ceux qui voudraient aborder de telles questions dans le camp du FN ou de la droite forte. Et si ce n’est pas toujours facile, notamment dans une certaine presse qui s’est arrogé le monopole de la « vraie gauche » (comme il y a dans la religion la « vraie croix »), il est indispensable de se battre, politiquement, devant l’opinion, sur de tels sujets.

Ce n’est qu’à cette condition de ne pas mettre les questions qui dérangent sous le tapis que des responsables politiques peuvent espérer convaincre à nouveaux nos concitoyens. Car leur confiance dans la politique et ceux qui l’incarnent est au plus bas. Simplement les analyses, les réponses et les solutions doivent être différentes, organisées autour du « commun » plutôt que de l’identitaire pour dire les choses schématiquement.

 

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