Marine Le Pen : “Des accords locaux avec des élus UMP… Pourquoi pas ?”

Dans un long entretien accordé au site d’information Atlantico, Marine Le Pen livre son analyse du duel Copé/Fillon. Pour elle, il n’y a pas de clivage idéologique, mais un problème de personne qui traduit l’essoufflement de l’UMP. 

Entretien mené par Alexandre Devecchio avec Marine Le Pen

La crise actuelle à l’UMP rebat-elle les cartes de l’opposition ? Alain Juppé prédit même une victoire du Front national aux élections municipales de 2014 en cas d’« éclatement » de l’UMP. Partagez-vous son point de vue ?

Marine Le Pen : Je ne suis pas étonnée de ce qui est en train de se passer. Je l’avais théorisé il y a deux ans en faisant une analyse très claire : plus qu’un mouvement politique, l’UMP est une sorte de syndicat des intérêts électoraux de ceux qui y participent. La défaite de Nicolas Sarkozy devait nécessairement précipiter l’implosion de l’UMP. C’est exactement ce qui est en train de se passer.

Les militants de l’UMP se sont comportés dans cette élection de manière irréprochable. Ils se sont déplacés pour voter et veulent que les lignes bougent. Ils veulent participer à une force politique qui s’oppose et qui est entendue et écoutée. Quel que soit le résultat entre Monsieur Copé et Monsieur Fillon, ces deux personnalités sont irrémédiablement discréditées et illégitimes dans la direction de l’UMP. Ce que Monsieur Copé fait mine d’oublier, c’est que la légitimité en politique ne doit pas seulement s’acquérir dans son propre camp, mais surtout à l’égard de ses concurrents et de ses adversaires. Quelle sera la légitimité de quelqu’un que l’on va appeler des mois et des mois “Monsieur le faux président de l’UMP” ?

Dans cette circonstance, je remercie Monsieur Juppé car en reconnaissant que l’échec de sa médiation risque de faire du FN le premier parti aux municipales, il admet lui-même que notre parti est cohérent, sérieux, crédible et qu’il représente durablement la réelle opposition au Parti socialiste.

Depuis 24h, nous multiplions nos demandes d’adhésion par cinq. On comprend les militants qui sont à la recherche d’un mouvement qui a un programme et une ligne politique cohérente ainsi qu’un leader incontesté de plus en plus crédible sur la place politique.

Alain Juppé en appelle maintenant à Nicolas Sarkozy. Craignez-vous le retour de l’ancien président de la République qui, en 2007 avait réussi à siphonner les voix du FN ?

Nous ne sommes plus en 2007, mais en 2012 et il a perdu l’élection présidentielle en utilisant cette même méthode. Je ne crois absolument pas que le conférencier Nicolas Sarkozy soit prêt à redevenir président de l’UMP après avoir été président de la République.

François Fillon a dénoncé “une fracture morale” au sein du parti, allusion à peine voilée à la “ligne de droitisation” défendue par Jean-François Copé et plébiscitée par la moitié des adhérents de l’UMP. Vous sentez-vous proche de cette ligne ?

Je conteste formellement l’analyse d’un clivage entre deux lignes idéologiques. Ceci est faux comme en témoigne le positionnement des personnalités qui sont d’un côté ou de l’autre. A partir du moment où Jean-Pierre Raffarin, peu connu pour ses positions “droitières”, est aux côtés de Monsieur Copé et que Monsieur Ciotti, qui lui n’a eu de cesse de s’approprier notre discours, est aux côtés de François Fillon, on voit bien que tout cela est un problème de personne et non pas d’idées politiques. La violence avec laquelle l’UMP est en train de se déchirer marque la fin de ce mouvement. Le comportement de Jean-François Copé, qui après s’être autoproclamé président de l’UMP s’enchaîne à son fauteuil niant la réalité de ce qui se passe autour de lui, va précipiter cette chute.

Certains observateurs reprochent pourtant à la ligne “Buisson” d’être une ligne de “frontisation” ?

Le problème de la ligne “Buisson”, ce n’est pas sa ligne. La ligne, on pourrait la partager. Nous connaissons bien Patrick Buisson et nous savons qu’il a de vraies croyances politiques et une démarche proche de la nôtre. Le problème de Monsieur Buisson, c’est qu’il n’a jamais réussi à faire en sorte que ses idées soient appliquées. L’UMP est restée dix ans au pouvoir sans passer aux actes.

D’après les sondages, la majorité des militants UMP sont favorables à des alliances avec le FN, notamment aux élections locales. La motion “La Droite forte”, qui représente l’aile la plus à droite du parti, est arrivée largement en tête dans la majorité des fédérations, y compris dans les plus modérées. Ne s’agit-il pas d’une rupture idéologique importante qui pourrait conduire à un rapprochement entre le Front national et l’UMP ?

Je connais les dirigeants de cette motion, notamment Monsieur Peltier qui en est à son quatrième parti politique à la trentaine. Quant à son acolyte, Geoffroy Didier, il est issu du “sarkozysme” de gauche et était favorable au mariage homosexuel et au droit de vote des étrangers. Ces deux-là sentent tout de même l’ambition démesurée à trois kilomètres. Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec l’analyse politique de Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette ligne politique, qui est partagée sincèrement par un certain nombre d’adhérents de l’UMP, est en réalité dirigée par des gens qui en ont fait exclusivement un argument de marketing politique. Il s’agit d’une tactique pour empêcher le départ d’adhérents et d’électeurs de l’UMP vers le Front national.

Ce rôle était dévolu à la droite populaire sous le mandat de Nicolas Sarkozy, il est aujourd’hui dévolu à cette structure. Mais je pense que personne n’est dupe de cela. D’autant qu’il y a un élément dont ces deux jeunes gens ne parlent en aucune circonstance et qui semble les mettre très mal à l’aise : leur position concernant la souveraineté de la France. C’est bien beau d’affirmer qu’on est contre l’immigration, mais quand dans le même temps, on est pour l’ouverture totale des frontières, pour le libre-échange sans protection, et pour l’espace Schengen, je ne vois pas bien comment on peut résoudre le problème de l’immigration. Qu’il existe, depuis de nombreuses années une fracture entre la base de l’UMP et ses dirigeants, c’est une évidence. Mais c’était déjà vrai sous Jacques Chirac. Ce n’est pas un hasard s’il n’avait fait que 19% à l’élection présidentielle en 2002.

A l’heure actuelle, des alliances entre vos deux mouvements sont-elles, malgré tout, envisageables, notamment dans le cadre des élections locales ?

Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour. Il n’a jamais été question de faire des accords d’appareil avec
l’UMP. En revanche, qu’il existe des accords locaux avec des élus UMP qui se seraient exprimés régulièrement dans le sens de nos positions politiques et qui veulent sincèrement faire un bout de chemin sur le plan local avec nous… Pourquoi pas ? Nous sommes là pour rassembler l’ensemble des patriotes qu’ils soient d’ailleurs de droite ou de gauche. Il serait totalement absurde de notre part de leur claquer la porte au nez.

Vous pronostiquer la fin de l’UMP. Dans ces conditions, si le FN arrive loin derrière ce parti aux prochaines élections municipales, cela sera-t-il synonyme d’échec pour votre formation ?

Non, on ne peut pas dire ça comme cela car nous auront en face de nous des sortants. Par ailleurs, est-ce qu’il y aura encore des candidats UMP ? Je me souviens aux législatives avoir vu beaucoup de candidats qui avaient caché le sigle UMP sur leurs affiches pour tenter de le faire oublier. Je pense qu’il en sera de même aux municipales. A mon sens, il y aura assez peu de candidats aux municipales qui viendront à l’élection sous le sigle UMP.

Nous avons l’objectif de faire élire le plus grand nombre de maires et de conseillers municipaux car nous pensons que la politique de proximité est essentielle. Le rôle du Front national dans ce domaine est essentiel et je remarque que les Français ne seraient pas informés de ce qui se passe dans leurs conseils régionaux s’il n’y avait pas d’élus du Front national. J’entends souvent l’UMP plaider contre les communautarismes et voter, dans le même temps, dans les conseils régionaux, des subventions à toutes les associations communautaristes. Je les vois participer à la gabegie généralisée des collectivités locales. Le rôle que le FN aura à jouer durant les municipales dans le cadre de la défense des intérêts des Français est absolument essentiel.

Pensez-vous être en mesure d’incarner l’opposition avec seulement deux députés à l’Assemblée nationale ?

Cela fait des décennies que nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale. Pourtant, les Français nous ont entendus et écoutés. Nous avons deux députés qui font un travail remarquable et qui ont déjà pris davantage la parole que 90% des députés UMP qui sont pourtant collés dans leur fauteuil depuis au moins 15 ans. Nous allons continuer à faire des propositions et à incarner une “voie” différente de toute cette classe politique que nous mettons dans le même sac.

Pourrez-vous aussi être force de proposition ? Quelle est votre point de vue sur la proposition de nationalisation transitoire faite par Arnaud Montebourg au sujet d’Arcelor Mittal ?

Dans l’affaire de Florange, j’ai été la première à réclamer une nationalisation temporaire car l’acier est un domaine stratégique et qu’en aucune circonstance le gouvernement ne doit laisser mourir un secteur stratégique de l’économie. Monsieur Montebourg vient de dire la même chose que moi, mais Monsieur Montebourg, comme l’UMP, sait qu’il ne pourra pas le faire. Nous sommes les seuls à pouvoir le faire car nous ne sommes pas tenu par les diktats et les interdictions édictées par l’Union européenne et qui nous ont déjà coûté 500 000 emplois industriels.

Précisément, on vous a beaucoup entendu sur la question de l’islam et de la laïcité alors que vous êtes restée relativement discrète sur le vote du traité budgétaire européen, notamment par rapport au Front de gauche ?

Parce que la presse a une tendance naturelle à pencher vers l’extrême gauche. Nous avons fait des actions qui ont formidablement bien marché. Nous avons lancé une grande opération où les Français envoyaient des cartes postales pour réclamer un référendum sur ce traité européen.

Nous constatons aujourd’hui que l’UMP et le PS ont voté ce traité main dans la main confirmant ce que nous condamnons depuis des années : la proximité idéologique de l’UMPS dans la construction du fédéralisme européen. Nous n’avons pas terminé de parler de ce traité. La politique massive d’austérité qui sera mise en œuvre le sera au nom de ce traité.

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2 thoughts on “Marine Le Pen : “Des accords locaux avec des élus UMP… Pourquoi pas ?”

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