En attendant Sarko …

La guerre des  chefs qui oppose Jean-François Copé et François Fillon menace de faire exploser l’UMP. Nicolas Sarkozy est-il le seul à pouvoir encore sauver le parti ?Avec Maxime Tandonnet, Neila Latrous, Josée Pochat, Christian de Villeneuve et Juan Pedro Quinonero pour le site d’information Atlantico.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio et Jean-Baptiste Bonaventure

Après l’intervention d’Alain Juppé , la sortie de crise à l’UMP semblait proche. Mais la guerre des chefs qui oppose Jean-François Copé et François Fillon a repris de plus belle vendredi matin. Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy est-il le dernier recours pour l’UMP ?

Neila Latrous : Dans les statuts de l’UMP, il existe une sorte de cénacle qui s’appelle la commission des sages qui a été convoqué par le député du Nord Gérald Darmanin. Celui-ci est une espèce de cour suprême qui peut se prononcer sur tout manquement à l’honneur ou à l’intégrité d’un élu de l’UMP et il rassemble tous les anciens présidents et secrétaires généraux, les présidents des anciens partis et un certain nombre de personnalités choisies par les groupes parlementaires pour leur ancienneté. Si celle-ci se réunit, elle comprendra, entre autres, Nicolas Sarkozy au premier plan, Alain Juppé, Xavier Bertrand et Jean-François Copé, et très probablement François Fillon grâce aux parlementaires qui le soutiennent. Mais même par ce biais là, j’ai du mal à imaginer que Nicolas Sarkozy puisse régler ce problème. En tout cas, il ne peut pas s’immiscer officiellement dans l’élection d’une autre manière.

Josée Pochat : Le retour de Nicolas Sarkozy ? Je suis dubitative… Qui sont les sarkozystes aujourd’hui ? Des gens comme Nadine Morano et Frédéric Lefebvre qui en dehors de Nicolas Sarkozy n’ont pas fait carrière et qui savent que sans lui ils ne feront jamais carrière. Mais au-delà de ces personnalités, je ne suis pas sûre que le reste de l’UMP souhaite vraiment le retour de Nicolas Sarkozy, en particulier ceux qui estiment qu’ils ont déjà été longtemps numéro 2 et qui se battent comme des chiffonniers pour devenir numéro 1. Et puis pour que Nicolas Sarkozy soit un dernier recours, il faudrait déjà que l’UMP survive à ce qui est en train de se passer. Ce n’est pas gagné…

Christian de Villeneuve : Le retour de Nicolas Sarkozy ne me semble en aucun cas un recours pour ramener le calme au sein de l’UMP pour la simple et bonne raison qu’il ne reviendra pas. Il n’a aucun intérêt à descendre dans l’arène politicienne et boueuse de l’UMP dans l’état dans lequel elle se trouve. La seule chose qui pourrait le faire revenir serait une véritable explosion ou plutôt implosion de l’UMP, soit pour la sauver, soit en se positionnant dans la nouvelle composition de la droite.

Juan Pedro Quinonero : Pour l’instant, je ne vois aucun autre recours pour l’UMP que Nicolas Sarkozy. J’ai le sentiment qu’en fait la France est un pays monarchiste qui élit son roi tous les cinq ans. Je ne sais pas ce qu’il peut se passer d’ici à 2017 mais pour l’instant il me semble être le seul à pouvoir occuper ce rôle. Peut-être qu’un homme ou une femme sortira du lot et sera capable de trouver une légitimité bien qu’il ne semble pas qu’il se soit fait connaître jusqu’à maintenant. Quant à une direction collégiale de sages, cela me semble d’un érotisme de frigidaire.

Comment dénouer la situation ? Peuvent-ils faire autre chose que d’en appeler à l’ancien président de la République pour sortir de la crise ?

Maxime Tandonnet :Tout est lié à la tragique inversion des valeurs qui caractérise la vie publique : la politique vécue comme un moyen de réalisation personnelle, de revanche sociale, et non plus comme le seul service du bien commun. Jusqu’où faudra-t-il aller dans la gesticulation et le ridicule pour qu’enfin s’ouvrent les yeux. La France a besoin d’un guide, d’un chef, d’une autorité qui l’aide à sortir de sa torpeur malsaine. Il ne peut venir que de l’extérieur de cette génération de nano-politiciens nombrilistes, je ne sais pas, un genre Raymond Barre, un Philippe Séguin s’ils étaient vivants, un Chevènement qui aurait renoncé à ses dogmes archaïques, un Nicolas Sarkozy renouvelé, avec l’autorité et la clairvoyance que permet seule l’expérience du pouvoir. (Vous pouvez lire la suite du papier de Maxime Tandonnet sur son blog : Maxime Tandonnet – Mon blog personnel.)

Neila Latrous : Réunir la commission des sages prévue par les statuts du parti me paraît être la seule solution envisageable. Mais même en imaginant que cette commission se réunisse, j’ai du mal à imaginer qu’elle puisse réellement régler le problème. Elle calmerait probablement les esprits un temps mais elle ne pourra faire ressortir de ces élections un candidat incontestable juridiquement, moralement et politiquement. D’une part, Jean-François Copé se base sur un positionnement de légaliste en défendant l’idée qu’il respecte les règles de l’appareil. En face de lui, François Fillon remet en cause la légitimité politique de cette élection car même si la COCOE et la CNR sont légitimes sur le plan légal, qu’elles ont été élues et non pas nommées comme cela a été dit, l’opprobre est jeté sur elles.

Comment peut-être crédible une commission qui a omis de compter les votes de trois départements ? Comment peut l’être une seconde dont le président a pris position pour l’un des candidats ? Elles ne peuvent tout simplement pas l’être. Même si on imagine la création d’une super commission hors statuts qui déclarerait Jean-François Copé comme vainqueur, il est inimaginable de croire qu’il pourrait ensuite diriger le parti sans que cela ne pose d’autres problèmes par la suite. Revoter est tout aussi problématique puisque le parti n’a plus d’argent. L’UMP me semble enfermée dans une problématique sans solution qui défie le bon sens.

Josée Pochat : L’appel à Alain Juppé pour sauver l’UMP n’ a pas fonctionné. J’ai le sentiment qu’ils n’en sortiront pas. La situation est allée trop loin et il sera difficile de revenir en arrière. François Fillon a tout de même déclaré : “un parti politique n’est pas une mafia”. Les mots sont trop forts pour être effacés. Le parti est dans l’impasse. Je pense que l’UMP n’a jamais été aussi proche de l’explosion. Ces gens là sont en train de reconnaître qu’ils n’ont plus rien à faire ensemble et affichent publiquement leur haine. Comment peut-on imaginer autre chose qu’une séparation et pas forcément à l’amiable ? François Fillon a parlé de fracture “morale”, mais il y a surtout une fracture politique. D’un côté, il y a une partie de l’UMP qui se “droitise” et qui applaudit des deux mains au discours de Jean-François Copé sur les pains au chocolat, et de l’autre, une partie de l’UMP qui ne supporte pas ce discours. Le fait que François Baroin, qui était très proche de Jean-François Copé, choisisse finalement François Fillon, était un signe.

Christian de Villeneuve : Je crois que la solution est que les sages de l’UMP entre dans la partie comme des pacificateurs ou dans un cadre plus officiel. Je pense évidemment à Alain Juppé mais aussi à Jean-Pierre Raffarin ou Michelle Alliot-Marie qui s’est exprimée sur le sujet avec beaucoup de sagesse. Tôt ou tard, Jean-François Copé et François Fillon seront contraints de s’asseoir autour d’une table avec des gens de cet acabit et de trouver un compromis. S’ils n’y parviennent pas, ils iront d’échec en échec et l’un comme l’autre, ils grilleront leur possibilité de candidature à l’élection présidentielle de 2017. Pour comprendre la situation, il faut essayer de comprendre les intérêts de chacun et la scission n’est intéressante pour personne. Ce n’est pas la première fois qu’un parti connaît ce genre de luttes intestines violentes, ce fut le cas chez les Verts ou au Front National mais au moins cela ne se passait pas devant les écrans de télévision.

Juan Pedro Quinonero : Les partis sont des machines périssables et parmi eux l’UMP ne me semble pas promise à un avenir très glorieux que se soit avec Jean-François Copé ou Alain Juppé à sa tête. Peut être qu’elle peut survivre à ces turpitudes mais il me semble que même au sein du parti personne ne le sait surtout pas les militants qui doivent être complètement dépités par le spectacle qui leur est offert au moment où l’UMP devrait être en train de se reconstruire après la déroute de Nicolas Sarkozy.

Une réunification du parti est-elle toujours envisageable ?

Neila Latrous : Les clans Fillon et Copé sont entrés dans une logique de rancœur et de haine au point qu’en Off des phrases terribles sont prononcées : on parle de couler les adversaires dans le béton ou de balles entre les deux yeux. Je ne crois plus que l’on puisse savoir si Copé ou Fillon peut faire sécession car nous ne pouvons plus faire notre métier de journaliste tant nous sommes instrumentalisés. Les deux équipes se mettent la pression par médias interposés et il n’est plus possible de faire la différence entre la vérité et les tentatives d’intoxication. En ayant suivi ces deux équipes, mon sentiment est qu’elles sont sorties d’une logique de rationalité pour entrer dans une partie d’échec à un seul coup d’avance et sans stratégie à long terme.

En cas d’explosion de l’UMP, comment la recomposition du paysage politique peut-elle s’opérer ? Autour de quel parti : le Front national, l’UDI, un éventuel parti “Filloniste” ?

Neila Latrous : L’éclatement de l’UMP me semble tout à fait envisageable tant le problème qui la déchire est profond et complexe. Cependant, se projeter dans le futur pour imaginer quelle forme prendrait cet éclatement reviendrait à considérer que les deux équipes s’affrontent sur le plan de la stratégie politique et ce n’est à mon avis plus le cas.

Josée Pochat : Dans l’équation, il y a l’UDI de Jean-Louis Borloo qui depuis le début de la semaine reçoit des centaines de demandes d’adhésion. Il est clair que ce nouveau parti centriste va bénéficier de la situation. Reste à savoir si François Fillon va avoir la volonté de fonder son propre parti ou si ses troupes se fonderont dans l’UDI ? Une chose est sûre désormais, je ne vois pas tous ces gens là jouer la grande comédie de la réconciliation !

Christian de Villeneuve : Je ne crois pas à sécession au sein de l’UMP pour des raisons purement et bassement matérielles. Le fonctionnement d’un parti comme celui-ci représente énormément d’argent pour son fonctionnement quotidien mais aussi pour mener ses campagnes. Les élus ont besoin d’une logistique et j’imagine mal que plus d’une centaine d’entre eux suive François Fillon et quitte le parti car la “fracture idéologique” ne me semble pas si importante voire inexistante. Il s’agit surtout de la querelle exacerbée de deux égos. On a beaucoup comparé cette affaire au congrès de Reims du PS, mais on peut aussi penser à celui de Rennes en 1990 qui avait été terrible en termes de déchirement idéologique.

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