Luc Chatel : “Gare au syndrome Bayrou ! On commence par s’en prendre à ses amis de l’UMP et on finit par voter pour François Hollande”

Dimanche 18 nombre,  jour du vote pour le présidence de l’UMP, Luc Chatel, soutien de Jean-François Copé, a accordé un entretien au site Atlantico. Pour l’ancien ministre de l’éducation nationale, l’enjeu de l’élection n’est pas de désigner le candidat à la présidentielle, ni de remplacer Nicolas Sarkozy.

Entretien mené par Alexandre Devecchio avec Luc Chatel

Dans les derniers jours de la campagne, le duel entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence de l’UMP s’est durci. Ne craignez-vous pas de revivre le scénario de la guerre entre Jacques Chirac et Edouard Balladur, en 1995 ?

Luc Chatel : Je pense que ceux qui, dans l’entourage de François Fillon, ont voulu durcir le ton ces derniers jours, ont commis une erreur. Lors du débat télévisé, notre famille politique a su montrer le visage d’un parti politique moderne, tourné vers l’avenir. Dans le débat, mais déjà prêt à se rassembler.

Moi, je n’ai pas d’adversaire à l’UMP. J’ai été le ministre de François Fillon pendant cinq ans et nous avons travaillé en confiance et en loyauté. Mais si vous me demandez qui est le mieux placé pour diriger l’UMP, très clairement, pour moi, c’est Copé. Il faut se détendre, certains sans doute ont-ils encore du mal à s’y faire, mais c’est juste la démocratie interne. Personne dans cette campagne n’a tenu de double discours, nul n’avait intérêt à montrer un double visage.

Mais vous savez, les militants ne se laisseront ni impressionner, ni voler ce moment de respiration démocratique. Ce débat interne est une formidable innovation démocratique pour notre famille politique et personne, à l’avenir, ne pourra revenir en arrière. Le débat n’exclue pas le rassemblement et tant pis pour ceux qui n’ont pas compris que l’UMP avait changé d’époque !

L’un et l’autre candidat ont décidé d’envoyer des huissiers dans plusieurs fédérations pour s’assurer de la régularité du vote. Y-a-t-il de réels risques de fraudes ?

Nous nous sommes mis d’accord pour garantir la régularité des résultats. C’est toujours mieux de s’organiser avant, plutôt que de se poser la question après. Et, personnellement, tout ce qui nous permet de ne pas prêter le flanc à quelque parallèle que ce soit avec le Parti socialiste me va plutôt bien.

Avec Jean-Pierre Raffarin, vous défendez la motion pour une « France Moderne et Humaniste ». Vous incarnez une droite modérée qui semble plus proche de la sensibilité de François Fillon que de celle de Jean-François Copé, partisan de la droite décomplexée. Qu’est ce qui a motivé votre choix de soutenir l’actuel secrétaire général ?

J’ai quand même l’impression, là, que répondez vous-même à la question avant de l’avoir posée, non ? Ou alors, c’est à n’y rien comprendre : la très grande majorité des libéraux, des humanistes, des centristes, vous le savez bien, se sont engagés aux côtés de Jean-François Copé. Tout simplement, parce que l’expression de toutes les sensibilités à l’UMP, c’est Copé.

Le modèle du parti politique caporalisé autour de la ligne unique, vous trouvez ça moderne, tourné vers l’avenir, vous ? Par sa décision courageuse d’appliquer nos statuts sur les mouvements, au nom de la diversité des sensibilités de l’UMP, Jean-François Copé incarne aujourd’hui le pluralisme au sein de notre famille politique. Voilà l’une des raisons fortes de mon engagement à ses côtés.

Avec plus d’une centaine de parlementaires, nous sommes en train de constituer, avec la motion pour une « France Moderne et Humaniste », le pôle central de l’UMP autour du rassemblement de tous ceux qui veulent défendre les idées libérales et humanistes. Parce que ces idées et ces valeurs semblent chaque jour un peu plus d’actualité face à l’inertie et au dogmatisme de la gauche au pouvoir.

J’ai d’ailleurs été un peu surpris d’entendre certains nous expliquer qu’« il y en avait marre de voir François Fillon caricaturé en centriste ». Avec mes amis Jean-Pierre Raffarin, Marc-Philippe Daubresse et tant d’autres, je vous le dis, nous, nous n’avons aucun complexe à incarner les valeurs centristes, libérales ou humanistes. Et nous sommes bien décidés à incarner ce centre droit décomplexé qui, plus que jamais, pèsera dans la reconquête qu’engage aujourd’hui l’UMP.

Mais ce qui n’est pas acceptable pour moi, dans votre question, c’est qu’au fond, vous reprenez à votre compte le procès en « droitisation » qu’on intente à Jean-François Copé aujourd’hui, comme hier à Nicolas Sarkozy.

Précisément, Laurent Wauquiez accuse Jean-François Copé de consacrer 90% de ses meetings à la question de l’immigration. L’actuel secrétaire général aurait-il choisi d’axer sa campagne sur ce thème ?

La vérité, c’est que je n’ai pas beaucoup croisé Laurent dans les meetings de Jean-François Copé. Franchement, chacun sait bien que ce thème de la « droitisation » a été inventé par la gauche au moment des présidentielles pour attaquer Nicolas Sarkozy. Je me souviens d’ailleurs, que François Fillon avait su souligner avec beaucoup de justesse à quel point ce procès en « droitisation » constituait un total « contre-sens ». C’était je crois dans un entretien au Monde. Comme il avait raison !

Quand on prétend rassembler les Français, on ne commence pas par diviser sa propre famille politique par des attaques inutiles. Laissons à la gauche le monopole de l’anti-sarkozysme ! Vous savez, on commence par reprendre à son compte les argumentaires du Parti socialiste, et on finit par parler de rassemblement avec la gauche. Gare au syndrome Bayrou ! On commence par s’en prendre à ses amis de l’UMP plutôt qu’au parti socialiste, et on finit par voter pour François Hollande. Ça commence par la division de sa famille politique, et ça se termine par un échec.

Sur le fond, qu’est-ce qui distingue réellement Jean-François Copé de François Fillon?

Il n’y pas qu’une différence de personnalité. Il y a une différence de ligne politique. Jean-François Copé défend celle du rassemblement. Et pas seulement à travers l’expression de toutes les sensibilités de l’UMP dont il s’est fait le garant. Un esprit de résistance alliée à l’exigence du rassemblement. Comment voulez-vous que n’ayons pas en tête ces mots qui ont rythmé toute sa campagne, lorsque nous étions ensemble à Colombey-Les-Deux-Eglises ?

Car de quel rassemblement parle-t-on ? Du rassemblement entre nous, entre quelques élus rejoints au mieux par deux ou trois éditorialistes qui jamais ne seront froissés par ce que l’on dit, parce qu’au fond, on ne dit rien ? Du rassemblement avec la gauche ? Nos militants ont le choix. Le rassemblement autour du plus petit dénominateur commun, ou le rassemblement des Français.

Rien ne serait pire que de creuser un fossé entre l’UMP et les préoccupations du quotidien de nos compatriotes qui ne supportent plus que leurs responsables politiques ne se posent pas les mêmes questions qu’eux. Voilà pourquoi Jean-François Copé défend la ligne d’une droite décomplexée qui refuse de se couper des préoccupations profondes du pays. A travers le rassemblement de sa famille politique, Jean-François Copé veut aujourd’hui incarner, à l’UMP, le rassemblement du peuple de France.

Selon les derniers sondages, Jean-François Copé accuse encore un retard important sur François Fillon. La victoire est-elle toujours possible ?

Vous savez fort bien qu’il n’existe en réalité aucun sondage sur le vote de ce dimanche et vous me posez sérieusement cette question ? Encore une fois, malgré la tentation de ceux qui, décidément, ont du mal à entrer dans le XXIème siècle, les militants ne se laisseront pas voler cette élection. N’en déplaise aux nostalgiques, la période où, à coup de votes à main levée, on préférait les acclamations aux élections, c’est fini. Et le seul sondage qui tienne la route, c’est le vote des militants !

Il s’est passé quelque chose ces dernières semaines. Sans doute, dans les jours qui ont suivi le débat télévisé. Et on sent depuis, sur le terrain, une véritable cristallisation autour de la candidature de Jean-François Copé. Il y a, je crois, quelque chose qui est en train de se jouer, dans le cœur des militants, autour de la question de cette révolution démocratique pour notre famille politique. Un clivage entre ceux qui ont compris que l’UMP entrait dans une nouvelle ère, et les autres.

Jean-François Copé incarne ce changement d’époque à l’UMP. D’abord parce qu’il aura été l’homme du pluralisme à l’UMP, en assumant jusqu’au bout, avec les mouvements et les motions, la diversité des sensibilités au sein de notre famille politique.Copé est l’homme de ce changement d’époque pour l’UMP, parce qu’il ne s’est pas trompé d’élection : il s’est adressé aux Français à travers nos militants, pas en passant au dessus d’eux ; il a revêtu, dans cette campagne, les habits du 1er des opposants en étant d’abord, sur le terrain, le 1er des militants ; il n’a pas zappé ceux qui votent ce dimanche, parce qu’il n’a pas commis l’erreur de croire que nous serions déjà en 2017.

Jean-François Copé s’est inscrit dans la filiation de Nicolas Sarkozy tout au long de la campagne. Après la défaite de la présidentielle, la droite n’aurait-elle pas dû faire l’« inventaire » du sarkozysme ?

Mais justement, ce changement d’époque à l’UMP, il a commencé avec Nicolas Sarkozy. Souvenez-vous des débats autour de la désignation de notre candidat pour 2007. Ayons bien en tête ce que Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse, alors, de répéter : « quand on prétend rassembler les Français, il faut commencer par rassembler sa famille politique ». Là encore, Jean-François Copé est en phase avec nos militants. Il a compris que l’enjeu de cette élection de 2012, ce n’est certainement pas de désigner notre candidat à la présidentielle comme si nous étions déjà en 2017. Encore moins de remplacer Nicolas Sarkozy !

Alors, c’est vrai, on a senti ces dernières semaines, la tentation de transformer cette élection en referendum « pour ou contre Sarkozy ». On a entendu des choses assez curieuses sur le fait de « tourner la page Sarkozy », des parallèles pour le moins étonnants avec l’élection américaine…Je vous le disais à l’instant : laissons à la gauche le monopole de l’anti-sarkozysme. Croyez-moi, ce n’est pas en enterrant Nicolas Sarkozy, qu’on rassemblera l’UMP. Jean-François Copé a eu le mérite d’une très grande clarté à cet égard : quels que soient les circonstances et les choix de Nicolas Sarkozy, il sera à ses côtés.

Quel bilan faites-vous de cette campagne ?

Une extraordinaire mobilisation. La gauche a successivement gagné les présidentielles et les législatives, mais nos militants ont formidablement répondu à ce rendez-vous démocratique. Voilà ce qui m’a frappé tout au long de ces semaines de campagne.

Face à la gravité de la situation et à l’indécision d’un gouvernement dans l’improvisation permanente, ils ont compris quelle était leur responsabilité de militants et la responsabilité de notre famille politique pour le pays. Ils ont compris aussi, en avance d’ailleurs sur un certain nombre de leurs dirigeants, qu’avec ce rendez-vous l’UMP entrait dans une nouvelle époque.

En cas de victoire, quel sera le premier geste de Jean-François Copé ?

Avec nos militants, Jean-François Copé a compris l’enjeu de cette élection pour notre famille politique. Si bien que son premier geste sera évidemment de tendre la main à François Fillon. Le rassemblement n’est pas négociable, parce que nos adversaires ne sont pas à l’UMP, ils sont à gauche.

Et, en tendant la main à ceux de nos amis qui ne l’ont pas soutenu, le premier réflexe de Jean-François Copé sera de repartir aussitôt sur le terrain, dans nos fédérations, pour lancer la reconquête. Parce qu’il sait que, face à ce que nous prépare la gauche au pouvoir, l’opposition ne peut pas se contenter de jouer les capitaines de pédalo !

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