NKM : “La droitisation, c’est du marketing politique !”

Nathalie Kosciusko-Morizet a accordé mercredi un long entretien au site d’information Atlantico à l’occasion de son nouveau mouvement “La France droite”. L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy fustige la droitisation de l’UMP et l’influence de Patrick Buisson. 

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Entretien mené par Alexandre Devecchio avec Nathalie Kosciusko-Morizet

Vous avez lancé mercredi soir à Paris votre mouvement, la France droite, avec l’appui des 7.000 sympathisants qui vous avaient parrainée pour la présidence de l’UMP. Quelles sont les idées que vous voulez défendre à travers ce mouvement ?

Nathalie Kosciusko-Morizet : “La France droite” est d’abord un état d’esprit positif. Cela ne veut pas dire qu’on ne fait pas des constats très sévères sur la situation du pays, mais nous sommes là pour chercher des solutions et faire des propositions. Aujourd’hui, même le mot “crise” est insuffisant. Il faut plutôt évoquer la situation de guerre économique à laquelle est confrontée notre pays. Avec son cortège de malheurs, et d’abord le chômage. Mais une fois qu’on a dit que la guerre était déclarée, on ne peut pas en rester là. Il faut en tirer toutes les conséquences et se poser la question : “Qui est au front ?” Ce sont les entreprises. Nous devons donc aller beaucoup plus loin dans le soutien aux entreprises et dans la recherche d’une nouvelle compétitivité.

Nous subissons depuis des décennies une mondialisation/standardisation, une mondialisation dans laquelle tout le monde voulait le même produit le moins cher possible, une mondialisation qui a dévoré la France. Dans cette bataille nous nous battions dos au mur car nous n’avons pas de matières premières sur le sol national et le coût du travail en France est forcément plus important que dans les pays émergents. Mais aujourd’hui, la mondialisation est en train de se transformer : on recherche des produits qui ont une identité. La valeur ajoutée se déplace depuis les équipements eux mêmes vers les usages et les services associes. C’est le temps de la France. Cette mondialisation là est pour nous ! Notre projet sera bâti autour de l’idée que notre pays a été historiquement terre d’invention : on a inventé un modèle politique à la fin du XVIIIe siècle, on a été à l’origine de toutes sortes d’inventions technologiques au XIXe et XXe siècle qui ont transformé la société. La France, pour être elle-même doit redevenir un lieu d’innovation. C’est sa vocation.

Pour parvenir à cet objectif, quelles sont vos propositions ?

Inventons donc une nouvelle compétitivité. Nous pourrons la rebâtir autour du triptyque “sobriété, proximité, qualité” pour que notre industrie trouve sa place dans cette nouvelle mondialisation que j’évoquais et pour laquelle nous avons tous les atouts. Nous voulons aussi inventer un nouvel État en allant jusqu’au bout de la réforme territoriale et la réduction du mille feuille administratif, inventer une nouvelle Europe à travers le couple Franco-Allemand en travaillant avec l’Allemagne a une refonte de nos politiques fiscale et sociale, écrite a 4 mains.
Enfin, sur les questions de société, nous mettons en avant le thème de “la réciprocité”

Là encore, nous faisons un constat très sévère. La société est en train de se défaire avec des comportements de “passagers clandestins” qui reçoivent sans donner. Dans une société qui fonctionne, il doit y avoir un échange. Plus personne ne doit être en position de donner sans recevoir ou de recevoir sans donner. Nous voulons revoir le pacte social autour de cette idée. Cela a des applications concrètes.

Par exemple, en supprimant la franchise sur l’aide médicale d’Etat, la gauche a mis à mal quelque chose qui symboliquement était très important et qui va bien au-delà du simple geste financier : l’idée qu’il faut donner un petit quelque chose pour pouvoir recevoir du système. Idem pour l’annulation de la loi Ciotti qui prévoyait de suspendre les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire. Il faut aussi se poser la question de l’impôt. Beaucoup de gens ne paient pas du tout d’impôt en France. Je ne suis pas sûr que ce soit le bon signal qu’on envoie. Participer financièrement, au moins de manière minime, ce peut être une incitation a respecter le bien public.

Pourquoi avez-vous fait le choix de créer un mouvement indépendant de l’UMP plutôt que de déposer une motion ou d’en rejoindre une ?

Je suis réservée sur les motions au sein de l’UMP. Dans la perspective des élections municipales, nos militants attendent que nous réinvestissions des moyens financiers et humains sur le terrain. Les motions vont mobiliser des moyens à Paris, elles ne répondent pas a cet enjeu. Notre mouvement est déjà trop centralisé. Cet été j’ai fait campagne sur la décentralisation de l’UMP, je persiste à croire que c’est la priorité. D’ailleurs la France droite est inscrite dans les territoires, avec des correspondants régionaux et des ateliers décentralisés.

Par ailleurs, les courants à l’UMP représentent des sensibilités traditionnelles : les centristes, les gaullistes, les libéraux. Mon objectif n’est pas de m’inscrire dans ces cadres là. A la France droite, il y a des gens qui appartiennent à toutes les sensibilités de l’UMP. Certains soutiennent Jean-François Copé, d’autres soutiennent François Fillon, d’autres sont non-alignés et d’autres encore ne sont pas du tout adhérents de l’UMP. Je suis dans une démarche transversale.

Pour toutes ces raisons, je n’ai pas présenté de motion et j’ai choisi de soutenir la boîte a idées, une motion qui se définit elle-même comme une anti motion. Si elle passe la barre des 10%, c’est une équipe qui a les qualités pour jouer un rôle de direction des études en partie externalisée. Ce sera utile dans la reconquête.

A quelques jour du vote, pour la présidence de l’UMP dimanche 18 novembre, le duel Copé/Fillon se durcit. Cet affrontement peut-il laisser des traces ?

Oui, il peut laisser des cicatrices. C’est mon inquiétude comme celle de beaucoup de nos militants.Cette campagne dure trop longtemps. S’il y avait eu plusieurs candidats, ce que j’ai essayé de concrétiser, l’hyper-personnalisation aurait été moindre et le débat aurait davantage porté sur les idées. J’espère beaucoup que nous saurons nous rassembler après l’élection de dimanche. La France droite, qui accueille des personnalités d’horizons différents, a aussi vocation à y aider.

D’après un sondage Ipsos réalisé en juin 2012 au moment des élections législatives, deux électeurs de l’UMP sur trois sont favorables à un accord de désistement mutuel entre un candidat de droite et un candidat du FN quand il s’agit de battre un candidat de gauche au second tour. Vous incarnez une droite modérée qui selon certains observateurs s’adresse davantage à l’électorat bobos qu’aux classes populaires. Ne craignez-vous pas d’être en décalage avec votre base militante qui tend à se radicaliser ?

Je pense que ceux qui sont dans une démarche de marketing politique se trompent. Je ne vis pas mes idées comme des paquets de lessives qu’il faudrait placer. Il y a deux types de personnalités politiques. Il y a ceux qui sont dans le marketing, notamment le marketing de la demande : ils s’interrogent sur ce que les gens voudraient entendre. Et en déduisent ce qu’ils doivent dire. Ce peut être momentanément efficace, mais c’est finalement une impasse. On ne peut pas rassembler ainsi. Et puis il y a ceux qui portent des convictions profondes et veulent les partager. C’est seulement ceux-là qui peuvent rassembler car les électeurs apprécient avant tout la sincérité. Essayer de construire de manière très artificielle des propositions ou une image sur la base de sondages extrêmement coûteux ne fait pas illusion. Ce n’est pas comme cela qu’on est utile à la France.

C’est à partir de mon parcours et de mes convictions que je travaille. Mes mandats locaux sont de meilleurs sources d’information que tous les sondages qui peuvent être publiés sur Atlantico ou ailleurs. Prenons un exemple. Je partage les constats sévères qui sont faits sur la société. Le sentiment qu’il y a des “passagers clandestins” qui abusent du système est une réalité que je vis sur le terrain. Mais une fois que vous avez fait ce constat-là, la question est de savoir ce qu’on propose. En rester a ce constat, faire de la description des problèmes son seul argument, cela ne mène nulle part. Pour faire avancer la France, il faut dépasser le constat et faire des propositions.

C’est ce que je fais avec la réciprocité. Je fais le constat qu’il y a des gens qui abusent et qu’il y a des excès. Et je propose de refonder notre système de protection social autour d’un nouveau principe, celui de la réciprocité, pour avancer. Autrement dit, du même constat, on peut partir sur des démarches politiques différentes. Je veux être dans une démarche positive. Nous sommes là pour être utile et pour faire bouger les choses. Je peux partager l’analyse des problèmes qui est faite par plusieurs acteurs. Mais l’analyse des problèmes n’est que le terreau. J’essaie de faire pousser des propositions sur ce terreau. Je jardine les propositions, sinon la terre reste morte et stérile.

Lorsque vous parlez de politique du marketing, visez-vous Jean-François Copé et sa petite phrase sur les pains au chocolat ?

Encore une fois, la politique ne doit pas se confondre avec le marketing et la droitisation, c’est du marketing politique. Les Français nous attendent sur notre sincérité. S’il fallait absolument sombrer dans le marketing, autant que ce soit du marketing de l’offre ! C’est à dire faire en sorte de présenter ses propositions de la meilleure manière. Ce qui est à proscrire absolument et qui est trop souvent présent dans la vie politique aujourd’hui, c’est le marketing de la demande. Il donne la priorité aux sondages sur les convictions.

Les discours sur la droitisation tournent souvent au marketing de la demande. Les idées ne doivent pas faire l’objet des mêmes analyses et des mêmes techniques que les paquets de lessive. Il ne s’agit pas de lessive, il s’agit de la France ! Mon meilleur sondage, c’est ma ville. Je ne travaille pas depuis un bureau parisien avec des batteries de sondeurs ! Avec ces démarches là, la politique se vide de son caractère charnel. La politique des sondages, c’est froid, c’est glaçant !

Face au FN vous étiez partisane du Front républicain. Aujourd’hui, François Fillon comme Jean-François Copé semblent privilégier la stratégie du “ni, ni”. Vous sentez-vous orpheline ?

Je trouve que ce débat n’a pas été purgé. Tant qu’on ne sera pas clair sur ce sujet, on est condamné à le voir revenir comme un boomerang à chaque élection. L’ambigüité sur cette question est mortifère et réduit la place de la droite républicaine à chaque élection.

Patrick Buisson a annoncé son soutien à Jean-François Copé. Vous lui aviez reproché de vouloir faire entrer Charles Maurras à l’Elysée. Est-ce qu’il cherche désormais à faire entrer Charles Maurras à l’UMP ?

Il ne faut pas gloser à l’infini sur les opinions des conseillers. Ou dans ce cas là, il faudrait parler de tous les conseillers. Il y en a plusieurs. Nicolas Sarkozy est une synthèse. Le politique entend les analyses de la société, les confronte, les agrège, puis les dépasse, quelles que soient leur qualité.

Il faut éviter le piège qui consisterait à laisser penser que l’ancien président de la République est prisonnier de telle ou telle filiation. La force de Nicolas Sarkozy réside dans ses convictions de droite très affirmées et en même temps dans son pragmatisme et sa volonté de ne se laisser enfermer dans aucun cadre de pensée tout fait. Il n’est pas réductible au point de vue d’un autre que lui.

Comment comptez-vous vous adresser à l’électorat populaire qui ne croit plus dans les partis traditionnels et se tourne désormais vers les extrêmes ?

Sur ce genre de sujet, il ne faut pas lancer d’appel depuis un bureau Parisien. Il faut vivre les choses au quotidien. Je suis maire de Longjumeau, une ville de 22 000 habitants avec une cité. Je ne vis pas cette réalité à travers les sondages mais dans l’action quotidienne. Ce n’est pas par hasard que les Français, qui sont si méfiants à l’égard des politiques en général, se déclarent malgré tout souvent proches de leur maire.

La reconquête pour la droite passe par les élections municipales a cause de cela, et pas seulement du fait du calendrier. Parce qu’une commune est tout a la fois une pépinière pour les nouveaux talents, et le lieu ou le politique fait la démonstration la plus concrète de son utilité. C’est pour cela aussi que je suis réservée sur un système de non-cumul total qui amènerait à ce que les parlementaires soient plus souvent des apparatchiks sans racine, que des élus de terrain.

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One thought on “NKM : “La droitisation, c’est du marketing politique !”

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