Laurent Wauquiez : “L’alternative ne se trouve pas entre une droite complexée et une droite décomplexée”

Dimanche 18 novembre, jour du vote pour la présidence de l’UMP, Laurent Wauquiez, soutien de François Fillon accordé un entretien au site Atlantico. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy se montre offensif à l’égard de Jean-François Copé auquel il reproche de  parler à “90% d’immigration”.

Entretien mené par Alexandre Devecchio avec Laurent Wauquiez

Dans les derniers jours de la campagne pour la présidence de l’UMP, le duel entre Jean-François Copé et François Fillon s’est durci. Les petites phrases qui ont émaillé cette fin de campagne peuvent-elles laisser des traces ?

Laurent Wauquiez : Je n’aime pas les petites phrases. Il ne faut jamais oublier que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. François Fillon a toujours veillé à avoir des propos rassembleurs et je pense qu’on a évité les blessures de l’affrontement Chirac/ Balladur. Dès la semaine prochaine, notre mission sera de construire le rassemblement.

Sur RTL, François Fillon a tout de même haussé le ton : “Après avoir été le chef de la majorité pendant cinq ans, depuis six mois, j’ai dû affronter en permanence l’hostilité de la direction de mon parti”…

Ce n’est pas une attaque personnelle, c’est l’exacte vérité. Ce n’est pas du tout la même chose quand Jean-François Copé traite François Fillon de “Hollande de droite”. C’est une ligne rouge qu’il n’aurait pas dû franchir. François Fillon n’a jamais franchi cette limite. Par contre, ce qui est vrai, et les militants l’ont bien senti, c’est que l’appareil du parti a été globalement beaucoup plus au service de Jean-François Copé. Que les militants soient tous les jours inondés par des SMS et mails de Jean-François Copé financés par le parti, c’est une évidence ! Mais tout ceci a peu d’importance et sera vite oublié, je ne veux pas rester sur ces tensions.

Le cœur du sujet n’est pas là. Le but n’est pas seulement d’affirmer nos convictions, mais aussi de faire en sorte qu’elles passent auprès des Français. Si on affirme nos convictions sans que personne ne les écoute, on n’aura pas fait avancer la République. Grâce à la candidature de François Fillon, nos convictions sont écoutées par les Français. Il est l’homme le plus populaire de notre famille politique et celle-ci a intérêt à bénéficier de cet atout majeur qu’il représente.

Vendredi sur I-télé, vous avez déclaré que l’UMP devait “éviter” de sombrer dans les “errances” du Parti socialiste lors de son congrès de Reims de 2008. Redoutez-vous des fraudes ?

Dans une élection interne comme celle-ci, il y a toujours un risque. En même temps, tout le monde est conscient que nous devons nous montrer exemplaire par rapport au Parti socialiste. Je suis raisonnablement confiant et je ne jette de suspicion sur personne.

François Fillon a décidé d’envoyer des huissiers dans plusieurs fédérations du parti…

Cela a été fait conjointement et en accord. A la demande de Jean-François Copé, nous avons également dépêché des huissiers dans les Alpes-Maritimes. La bonne démarche est de placer des huissiers dans toutes les grosses fédérations. C’est la garantie que l’élection se déroulera dans la sérénité.

François Fillon, qui fait campagne sous le sceau du “rassemblement”, a dit lundi soir devant 4.000 de ses partisans vouloir conquérir des électeurs de droite mais aussi des électeurs de gauche. En quoi le programme de François Fillon est susceptible de s’adresser à des électeurs de gauche ?

Jean-François Copé, lorsqu’il fait un discours, parle à 90% d’immigration. C’est parfaitement respectable, mais c’est un choix. Dans ses meeting François Fillon parle aussi d’immigration, mais il parle également d’emploi, de pouvoir d’achat, de sécurité, d’école. Il balaie l’ensemble des thèmes.

Si on veut s’adresser à la fois aux électeurs du FN et en même temps aux électeurs qui ont basculé à gauche, c’est ce positionnement dont on a besoin. Le bon positionnement politique n’est ni à droite, ni à gauche de l’UMP, mais au cœur du parti.

A travers votre mouvement, la droite sociale, vous avez vivement critiqué l’assistanat. Un thème qui semblait, au départ, davantage vous rapprocher de Jean-François Copé, partisan de la droite décomplexée. Qu’est-ce qui a motivé votre choix de soutenir François Fillon ?

Mes thèmes n’ont jamais été défendus par Jean-François Copé. Celui qui m’a le plus aidé à mettre en avant la lutte contre l’assistanat est François Fillon, notamment durant la campagne présidentielle. C’est d’ailleurs le premier thème de préoccupation des Français avant même la question de l’immigration.

Ma présence au côté de François Fillon montre que l’alternative ne se trouve pas entre une droite complexée et une droite décomplexée. J’ai des convictions, mais je n’ai pas de complexes. Mes convictions je les affirme avec détermination, mais sans caricature. Quand on exprime des idées de manière caricaturale, on perd. Lorsqu’on les exprime avec force et détermination, on gagne.

Qu’est-ce qui distingue François Fillon de Jean-François Copé ?

La méthode d’abord. Jean-François Copé veut cliver pour gagner tandis que François Fillon préfère rassembler. L’aura ensuite : l’un est deux fois plus populaire que l’autre. Enfin, sur le fond, Jean-François Copé est principalement sur les questions d’immigration tandis que François Fillon parle d’assistanat, de défense des classes moyennes, de sécurité et d’immigration.

Quel bilan tirez-vous de cette campagne. Est-ce un succès ?

Nous avons montré un visage démocratique. Même s’il y a eu des tensions, la campagne s’est, dans l’ensemble, déroulée sereinement. Elle a eu également le mérite de nous éviter toute déprime post-défaite et nous a obligé à nous remobiliser rapidement. Cette élection n’est pas une fin, mais un commencement. C’est sur les bases de cette campagne qu’il va falloir construire l’opposition à la gauche.

Certes, la campagne interne vous a permis de repartir tout de suite au combat, mais vous a aussi exonéré de toute auto-critique ?

Une auto-critique à chaud aurait tourné à la recherche du bouc-émissaire et nous aurions vu surgir des attaques plus ou moins dignes contre Nicolas Sarkozy. Il faudra néanmoins se poser la question : “Ou en est la droite ?” Il y a trois thèmes que je veux développer : le refus de l’assistanat, la défense des classes moyennes et le protectionnisme européen face au libre-échange pur et dur.

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